Après
ces quelques jours passés à Marcala et avec les gamins des rues
de Tegucigalpa, nous prévoyons de visiter les programmes de Mathieu.
Dans le parc national de la Tigra, il travaille sur un projet de production
florale. L'objectif est de produire plus et de meilleure qualité afin
de vendre les fleurs sur le marché national. Mais malheureusement, les
dates ne conviennent pas et il ne nous sera pas possible de voir ce programme.
Nous voici en chômage technique. Que faire ? Et bien nous
pensons qu'il est temps de visiter le côté Caraïbe du pays.
Nous lisons notre guide : " Imaginez un petit archipel des Caraïbes
offrant de fabuleuses occasions de plongée, de belles plages sablonneuses,
des palmiers ondulants au grès des vents, une luxuriante végétation
de montagne, un vaste choix d'hôtels et de restaurants, et le tout, miracle,
à des prix modérés ! " En route pour les Islas de
la Bahia !
En fait, nous avons le choix entre trois îles (les côtes
nord du Honduras ne présentent pas de belles plages) : l'Ile de Roatan,
celle de Guanaja et celle d'Utila. Guanaja possède essentiellement des
complexes haut de gamme. On oublie. Roatan est la plus grande des îles.
Tout type d'hébergement est possible mais y aller coûte plus cher
que Utila.
C'est donc à Utila que nous irons, une île qui attire une clientèle
jeune, moins fortunée. Les touristes y viennent nombreux pour passer
leurs niveaux de plongée sous-marine car c'est l'endroit le moins cher
du monde.
Pour nous accompagner, Guylène, la volontaire rencontrée
au Népal et qui nous a rejoint pour un mois, Marie, volontaire Afvp à
Marcala, Charlotte qui s'occupe des enfants des rues et en fin de mission, puis
Jaime, son copain.
Nous
partons en bus pour la Ceiba, cette ville du front de mer qui fut totalement
détruite lors des ouragans tel Fifi en 1974 ou Mitch en 1998.
Sur le bateau, ça tangue un peu. Les enfants à côté
de nous sont malades. Mais déjà, nous voyons au loin se profiler
l'île où nous passerons une semaine de farniente.
Arrivés sur place, Charlotte reconnaît tout de suite
un de ses amis honduriens. Il a quitté Tegucigalpa pour venir travailler
sur cette île. Eh oui, le tourisme sur les îles apporte plus d'argent
que sur l'ensemble du territoire terrestre, alors il a fait son choix !!!
Il nous propose un bon plan : une vieille maison de bois peut tous nous abriter
pour une somme toute petite. On bénéficie ainsi d'une cuisine
et d'une salle de bains. Le pied !
Auray
et moi comptons nos sous. Oui, on va pouvoir faire cette initiation à
la plongée. Il serait dommage de s'en priver car ici, se trouve une série
de récifs de corail qui s'étendent jusqu'au Belize et qui forme
la deuxième plus longue structure du genre au monde. De ce corail vivent
une multitude de poissons colorés, mais aussi des tortues de mer, et
la plus grande variété de requin du monde : le requin-baleine
qui atteint environ 15 mètres à l'age adulte !
Les prix sont fixés par un comité de l'île.
Il semble donc impossible de marchander. Par contre, nous nous souvenons des
conseils de Pénélope et Emeline, deux dive-master que nous avions
rencontrés au Guatemala. " Regardez
l'état du matériel, des bouteilles de plongée, des bateaux,
du soin qu'ils y apportent. Cela vous donnera une idée de la qualité
et de la sécurité. " Alors rapidement
nous écartons le premier centre et nous dirigeons vers un autre qui semble
plus sérieux. Nous demandons des cours en espagnol, mais il n'y en pas
tout de suite. Si nous décidons de commencer demain ce sera en anglais.
OK ! Un autrichien, un peu junky, lui, accepte les cours du premier centre
Pendant
que les filles se dorent au soleil, nous retournons à l'école
tous les matins. Dans la salle, Dom. le prof anglais de 27 ans, un autre français,
un couple anglais et deux jeunes filles anglaises aussi. Comme l'autre français
n'est pas très à l'aise en anglais, on nous passe une K7 en français.
Quel luxe !
Au début les cours sont théoriques, puis nous partons en mer faire
nos premières plongées à quelques centimètres de
profondeur (prudence, hé hé ), puis 8 et 15 mètres.
Nous rejoignons les filles dans le courant de l'après-midi,
puis pour l'apéro et le dîner. Bien entendu, nous sortons ensuite
et faisons connaissance avec la faune du monde entier : israéliens, suédois,
belges, anglais, américains, etc.
Le
vendredi soir a lieu une soirée plus importante que les autres dans un
bar qui n'ouvre que le week-end. En allant aux toilettes, je vois une énorme
tarentule velue qui passe sous la porte. Avec des gestes très lents,
elle se rapproche des mes pieds en tongs
Je la fais fuir comme je peux
et je préviens un hondurien qui désire prendre ma place.
" Ah oui. Il y en a beaucoup ici. Il faut juste éviter de se faire
mordre. Attention aux serpents aussi. Il y en a souvent sur la route du retour.
Il y a eu un mort il y a deux ans. "
Nous découvrons des fonds sous-marins magnifiques. On verra
des énormes raies, des rascasses, pas de requin, une tortue des mers
de plus de 1 mètre d'envergure et des couleurs incroyables de coraux
et de poissons tropicaux. Hallucinant. On aime et on redemande. Nous avons eu
nos cours sur 4 jours. L'autrichien lui, regrette son choix. Ses cours sont
souvent annulés, le matériel défaillant et il lui faudra
deux jours de plus pour avoir son diplôme après avoir beaucoup
bossé par lui-même.
L'esprit
de l'île est totalement différent du reste du pays. Ici de nombreuses
familles noires, provenant de familles d'esclaves évadés des îles
Caïmans et d'autres régions des Antilles, vivent dans des cabanes
en bois. Ici on ne parle pas espagnol, mais anglais (un anglais assez douteux
d'ailleurs). Le système scolaire a obligé les familles à
parler les deux langues. Alors les mots et les langues se confondent avec un
drôle d'accent des îles. La musique, mise bien fort le soir, a des
rythmes antillais mélangés à des sonorités cubaines.
C'est sympa et ça bouge bien. Ici tous les soirs, les habitants se réunissent
dans les jardins pour des grillades de poisson ou de viande et pour danser.
Les touristes y sont parfois invités.
Un jour,
après notre cours du matin, on s'arrête déjeuner sur la
terrasse d'un petit buis-buis. Alors que le temps est au beau fixe, on entend
le bruit d'un déchirement proche. A 50 mètres de nous, une maison
sur pilotis s'est effondrée. Un pied de bois s'est cassé et la
maison s'est penchée ne tenant plus que par 3 poteaux de bois. Le vent
ne faisait pas plus de 20 km/h. On n'ose imaginer le carnage lorsque Mitch poussait
ses vents à 360 km/h.
Après une semaine de farniente, il est temps de rentrer,
reprendre le bateau. Nous avons eu un temps superbe, et sommes bien heureux
de notre expérience.
Notre tour du monde nous permet de voir sur terre des endroits
magnifiques. Nous n'avions pas imaginé tant de beauté aussi sous
l'eau, une telle diversité de poissons, de coraux, tant de couleurs.