Depuis
la Malaisie, nous partons donc pour le Myanmar, c'est à dire la Birmanie.
Pour y aller nous prendrons l'avion de Bangkok. Il est presque impossible d'aller
dans ce pays par les frontières terrestres. La plupart des bords du pays
sont occupés par des ethnies (Shan, Karen, Kareni, etc.) et sont en guerre
contre la junte militaire régnant au Myanmar.
Mais avant de prendre l'avion nous partons quelques jours au Nord-Est de la
Thaïlande, proche de la frontière Birmane pour préparer un
reportage sur les Camps de réfugiés Karen, fuyant leur région
où ils sont opprimés, et persécutés par les birmans.
De Bangkok, nous partons en compagnie de Sophie, la coopérante
d'Enfants du Mékong chez qui nous avions fait un reportage à Om
Paï, sa copine Agathe et Hila, une amie israélienne rencontrée
en cours de route. Avec 3 filles, nous nous sentons bien accompagnés
!!!
A notre arrivée, le jeu commence ! Nous savons que nous
devons faire attention à tous les achats que nous pourrions faire : si
nous passons par une compagnie d'état (train, agences de voyages publiques,
bus d'état, etc.), nous alimentons la junte militaire au pouvoir et par
conséquent finançons l'atteinte à la liberté de
l'ethnie Karen notamment. C'est pour cette raison que nous sommes passés
par la Thai Airways au lieu de la Burma Airlines, pourtant un peu moins cher.
Chaque visiteur doit changer un minimum de 200 dollars américains
en entrant au pays, quelque soit la durée de son séjour. Dans
ce pays, c'est ENORME !!! De cette façon, la junte militaire prend une
commission sur ces 200 dollars et oblige les touristes à dépenser
cet argent dans le pays. PAS QUESTION !!!
Sachant
que la corruption est monnaie courante dans le pays, nous organisons un plan
pour éviter de payer cette somme. Je passe le premier la vérification
des passeports. Un homme chargé du contrôle m'oblige à passer
au comptoir pour changer l'argent. En face de moi trois personnes sont chargées
de faire payer les touristes. A l'une d'entre elles, j'indique que nous sommes
5. Elle prend sa calculatrice et fait 5 x 200 et m'indique : 1 000 dollars.
Je sors alors de ma poche un billet de 50 dollars et lui dit en anglais : "
50 dollars, but for you. You can keep it " (50 dollars, mais c'est pour
vous. Vous pouvez les garder). Petit moment d'hésitation de sa part,
suffisamment long pour que je me demande si j'ai eu raison d'essayer…
Elle regarde à droite, à gauche et derrière elle. Elle
reprend sa calculatrice et fait la division 50 par 5 = 10. Dix dollar par personne
! Elle me sourit, prend rapidement le billet, dit un mot à ses collègues
à ses côtés et à l'homme qui m'avait arrêté.
Chacun nous sourit amplement, puis sa voisine me dit d'écrire sur un
registre mon nom et prénom et la phrase : " I have no money "
(je n'ai pas d'argent). Nous passons alors tous librement ce contrôle.
Et voilà. Ils étaient les 4 impliqués dans
ce trafic. C'était somme toute assez simple.
Nous négocions le taxi quand une personne nous propose de
nous conduire gratuitement en ville et nous propose sa guesthouse. Ses prix
semblent très raisonnables : les moins chers de notre guide de voyage.
Et si ça ne nous va pas, il ne nous fera pas payer le transport. Alors
en avant !!!
Nous
traversons Rangoon, et passons devant des édifices magnifiques, des stupas
géantes et dorées, des énormes statues de serpents à
l'entrée des temples. Oh oui ! Nous allons aimer ce pays ou tout au moins
ses habitants, sa culture, ses richesses patrimoniales !!!
Arrivés à la guesthouse, nous privilégions
le prix au confort. Ca ira, même si nous risquons de crever de chaud.
Nous sommes juste sous le toit qui a toute la journée pour capturer la
chaleur. Le patron conciliant nous amène 3 ventilateurs et des moustiquaires.
Je suis devenu sa mascotte et à chaque fois qu'il faut organiser quelque
chose il m'appelle : " Hey, mister John ! "
Nous visitons les principaux monuments de Rangoon. Nous en prenons
plein les yeux. C'est superbe et bien préservé.
Mais il nous faut préparer notre voyage vers le Nord. Ce
sera la fête de l'eau dans quelques jours et nous voulons être à
Mandalay, ville réputée pour cette fête. Mais 5 jours avant,
tous les bus sont pleins. Le train : pas question et cher en plus !
Nous nous tournons vers une compagnie privée.
Elle nous propose un mini-van pour 6 personnes plus chauffeur. Le hasard fera
bien les choses car depuis 10 minutes, nous discutons avec une espagnole qui
cherche à monter aussi vers le nord. Nous négocions alors hard
pour un périple soit 10 jours. Sylvia va nous accompagner durant tout
le périple. 4 femmes pour nous deux : nous sommes les plus heureux du
Monde !