Nous
voilà partis pour la ville réputée la plus australe du
monde. Il se trouve qu’en fait, au Chili, sur l’île Navarino
se trouve la ville de Porto Williams, base militaire chilienne.
Et non, l’Argentine ne possède pas la ville la plus au sud du monde,
c’est au Chili que revient cette distinction. Cependant Porto Williams
est très peu aménagée pour recevoir des touristes.
Il
faut bien concéder aussi que l’émission de Nicolas Hulot,
Ushuaia, a fortement aidé à la notoriété de cette
ville et à son tourisme. Vous vous en doutez donc : de nombreux touristes
francophones viennent ici séjourner. De plus, c’est un lieu de
départ idéal pour les excursions en Antarctique.
Pour y aller, nous nous renseignons avec l’aide, un peu forcée,
de notre chauffeur parti en retard d’une demie journée, pour Los
Calafates (voir carnet de route précédent). Finalement, le trajet
le plus simple consiste à aller en bus jusque la ville de Rio Gallegos,
puis de prendre un avion. Et oui, il revient moins cher de prendre l’avion
que le bus pour aller à Ushuaia !!!
Durant
le vol, nous pouvons observer les décors de la Terre de Feu, cette énorme
île, dont un tiers est chilien, et les 2/3 restants sont argentins, et
où se trouve la ville d’Ushuaia. Le nom viendrait du fait qu’en
1520, Magellan vit des feux de camps indiens. D’où le nom d’origine
« Terre de Fumée ». Ces feux étaient allumés
par les Yamanas, descendants d’indiens qui auraient commencé à
occuper cette terre il y a 10 000 ans, au moment où cette terre était
encore reliée au continent, c’est à dire quand le détroit
de Magellan n’existait pas encore.
Bon,
là, on résume fortement mais ce qu’il est bon de retenir,
c’est que ces indiens vivaient nus alors que les températures varient
de 14°C en été à –10°C en hiver. D’où
ces feux !
A leur place, on aurait préféré mettre des vêtements,
mais bon, chacun son truc…
Sur
place, nous découvrons une ville de 45 000 habitants, ce qui est relativement
important, vu les conditions climatiques pas vraiment idéales. Plusieurs
éléments expliquent cela. Tout d’abord le trafic maritime
d’approvisionnement de la Terre de Feu, l’activité militaire,
qui joua un rôle clé dans la guerre des Malouines (Falken Island)
contre les anglais, les excusions vers le pôle sud ou plus proche l’Antarctique.
Et puis, il y a aussi les inconditionnels de solitude, qui cherchent ici à
être au bout du monde, loin des soucis du monde occidental.
Ici,
comme dans la majeure partie sud de la Patagonie, on dit que les 4 saisons peuvent
se concentrer en une journée : pluie, neige, soleil, grand beau temps,
parsemé de quelques jolies tempêtes. Et oui, nous ne sommes qu’à
quelques kilomètres du cap Horn.
Mais le plus impressionnant concerne la durée des jours.
En été, c’est à dire au moment où nous y sommes
(bah oui, en décembre, on est en plein été dans l’hémisphère
sud !), il fait jour de 5:00 du matin à minuit !!! 5 heures de nuit,
ce n’est pas beaucoup. De plus durant la nuit, une clarté permanente
persiste. On assiste donc ici à des ciels de couchers de soleil impressionnants
! En hiver par contre, c’est le jour qui dure 5 heures de 10:00 à
15:00. A peine levé, le soleil se couche déjà.
Nous
visitons le bagne d’Ushuaia qui fut construit par les autorités
argentines en 1902. L’objectif était d’essayer de peupler
cette partie du continent, stratégique au point de vue militaire. Donc
les familles des bagnards étaient invitées à séjourner
ici. Mais le résultat ne fut pas très probant et il persistait
plus de bagnards que d’habitants…
Les
prisonniers, souvent politiques, coupaient du bois qui était transporté
le long d’une rivière ou par un petit train réservé
à cet effet et au transport des bagnards.
Remarquons que les bagnards avaient des cellules sans fenêtre et …sans
chauffage.
La ville nous séduit ! Ici le rythme semble très
tranquille. Pas d’agitation, pas de stress. Quelques très jolies
maisons, bâtisses parsèment le centre ville et ses alentours.
Nous
retrouvons quelques maisons aux murs de bois recouverts de tôle ondulée
et peintes de diverses couleurs. Nous flânons donc au gré des rues,
à l’affût d’une nouvelle découverte.
Des restaurants nous proposent des buffets avec viande parrilla
(barbecue argentin, pour simplifier), à volonté. Nous nous en
jetons quelques uns durant nos jours sur place.
L’activité nocturne est, elle, beaucoup plus calme.
Alors qu’à cela ne tienne, nous trouvons un bon petit hôtel,
conseillé par des tourdumondistes croisées à Bariloche,
les globe-trotteuses http://globetrotteuses.free.fr/
l’hôtel Cruz del Sur. Là sur place, on découvre une
petite équipe bien sympa, dans un hôtel familial. Internet gratuit
mais limité et des salons de détente, lecture, discussion, bien
sympas.
Puisque nous sommes dans les amis tourdumondistes, nous croisons
aussi 2 voyageurs de la www.routedesreves.com
qui traversent l’Amérique Latine en vélo. Nous chemins s’étaient
déjà croisés à Coronel au Chili au sein de l’ONG
Partage.
Sur
les conseils de Gilles, Xavier et Christel rencontrés à Los Calafates,
nous décidons de louer une voiture. Nous partirons à l’est
d’Ushuaia, jusqu’au bout d’une route indiquée sur nos
cartes.
Assez rapidement, nous faisons la connaissance d’un français, qui
cherchait sans succès un bateau pouvant l’amener en Antarctique.
Puis une jolie petite américaine de Californie décide de nous
accompagner aussi.
A 4 dans notre petite Hyundaï, nous voilà partis vers
les routes de la Terre de Feu, des routes qui se transforment vite en pistes,
pour tout vous dire.
Après
2 bonnes heures de route, nous rejoignons enfin le bord de mer, dont nous nous
étions éloignés. Ici le vent semble souffler parfois très
fort. Les arbres ont poussé penchés et cela donne une allure presque
surréaliste au décors. Nous nous arrêtons plusieurs fois
pour dégourdir nos jambes et profiter de ces paysages magnifiques. Aurions-nous
imaginé le bout du monde ainsi ?
Puis
des lagunes parsèment notre chemin. C’est très vert et,
lorsque le ciel nous donne un répis bleu, l’eau prend alors des
reflets miroirs fumés. Encore une fois, nous arrêtons le véhicule
et marchons pour profiter d’un air frais et marin.
Plus
loin des arbres morts dans l’eau d’une autre lagune nous rappellent
la dureté des hivers dans la région. La neige doit recouvrir d’un
drap blanc de neige l’ensemble de cette région. Elle comporte d’ailleurs
quelques stations de ski. Puis au printemps, la neige fond et vient tuer les
arbres déjà bien attaqués par la rigueur de l’hiver.
Le résultat de tout cela est un magnifique tableau de branches, de troncs,
mis pêle-mêle dans une eau calme et paisible. Waouh ! Le tableau
est superbe.
Sur une plage, un peu plus loin, la magie du tableau et de l’immensité
est tachée. Alors que nous découvrons l’eau agitée
du détroit de Beagle, une bouteille en plastique de Coca Cola gît
sur la plage. Nous ne manquons pas de le faire remarquer à notre amie
américaine qui semble effondrée et désolée.
Mais bientôt, la magie du lieu reprend le dessus. Sur nos cartes, la route
s’arrête, ainsi sans vraie raison. Doucement son tracé se
fait plus léger et disparaît. Quelques kilomètres plus loin,
notre route fait de même…
Le
sentier qui était encore circulable s’arrête jusqu’à
s’effacer en quelques mètres. Nous sommes contraints à arrêter
le véhicule.
Nous partons alors chacun de notre côté et admirons le paysage
qui s’offre à nous. On a alors un sentiment d’immensité
et d’accomplissement. Nous sommes au bout du monde !
Le
ciel nous offre un spectacle…patagonique. Le soleil se reflète
dans l’eau, transperçant parfois le ciel nuageux. Nous restons
presque une heure sur place. Chacun d’abord cherche un peu de solitude
devant cette immensité, puis nous nous retrouvons et échangeons
nos impressions. J’en profite pour fumer un cigare argentin que j’avais
réservé pour ce moment unique.
Sur
la route du retour, la nature nous offrira d’autres surprises. Tout d’abord,
nous voyons un castor, qui semble perdu sur la route. Un peu craintif mais presque
immobile, il nous regarde, observe le moindre de nos gestes, prêt à
s’enfuir en cas de risque. Puis 2 Zoros, ces renards de Patagonie coupent
notre route pour aller se réfugier dans les bois.
De retour à Ushuaia, nous admirons un bateau, en rade depuis
de nombreuses années et que l’on retrouve sur bon nombre de photos
prises à ici. Nous faisons tour du port pour admirer les bateaux de pêche,
et allons jusqu’à l’aérodrome qui propose des survols
de la baie en petit coucou.
Mais
il est temps de repartir. Quand nous nous renseignons sur les billets de bus,
nous nous rendons compte qu’ils sont tous complets pour les 4 prochains
jours. Nous hésitons un moment. Nous devons rencontrer des ONG à
Buenos Aires et aimerions y passer les fêtes de fin d’année.
Le billet d’avion pour Buenos Aires est un peu plus cher mais tellement
plus rapide. Ok on part demain alors !
Dans quelques heures, nous serons dans la capitale du tango, dans
la cité très occidentalisée de Buenos Aires…