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Ushuaia, l’extrémité du Monde !
15 au 20 decembre 2002
 

Nous voilà partis pour la ville réputée la plus australe du monde. Il se trouve qu’en fait, au Chili, sur l’île Navarino se trouve la ville de Porto Williams, base militaire chilienne.
Et non, l’Argentine ne possède pas la ville la plus au sud du monde, c’est au Chili que revient cette distinction. Cependant Porto Williams est très peu aménagée pour recevoir des touristes.

Il faut bien concéder aussi que l’émission de Nicolas Hulot, Ushuaia, a fortement aidé à la notoriété de cette ville et à son tourisme. Vous vous en doutez donc : de nombreux touristes francophones viennent ici séjourner. De plus, c’est un lieu de départ idéal pour les excursions en Antarctique.

Pour y aller, nous nous renseignons avec l’aide, un peu forcée, de notre chauffeur parti en retard d’une demie journée, pour Los Calafates (voir carnet de route précédent). Finalement, le trajet le plus simple consiste à aller en bus jusque la ville de Rio Gallegos, puis de prendre un avion. Et oui, il revient moins cher de prendre l’avion que le bus pour aller à Ushuaia !!!

Durant le vol, nous pouvons observer les décors de la Terre de Feu, cette énorme île, dont un tiers est chilien, et les 2/3 restants sont argentins, et où se trouve la ville d’Ushuaia. Le nom viendrait du fait qu’en 1520, Magellan vit des feux de camps indiens. D’où le nom d’origine « Terre de Fumée ». Ces feux étaient allumés par les Yamanas, descendants d’indiens qui auraient commencé à occuper cette terre il y a 10 000 ans, au moment où cette terre était encore reliée au continent, c’est à dire quand le détroit de Magellan n’existait pas encore.
Bon, là, on résume fortement mais ce qu’il est bon de retenir, c’est que ces indiens vivaient nus alors que les températures varient de 14°C en été à –10°C en hiver. D’où ces feux !
A leur place, on aurait préféré mettre des vêtements, mais bon, chacun son truc…

Sur place, nous découvrons une ville de 45 000 habitants, ce qui est relativement important, vu les conditions climatiques pas vraiment idéales. Plusieurs éléments expliquent cela. Tout d’abord le trafic maritime d’approvisionnement de la Terre de Feu, l’activité militaire, qui joua un rôle clé dans la guerre des Malouines (Falken Island) contre les anglais, les excusions vers le pôle sud ou plus proche l’Antarctique. Et puis, il y a aussi les inconditionnels de solitude, qui cherchent ici à être au bout du monde, loin des soucis du monde occidental.

Ici, comme dans la majeure partie sud de la Patagonie, on dit que les 4 saisons peuvent se concentrer en une journée : pluie, neige, soleil, grand beau temps, parsemé de quelques jolies tempêtes. Et oui, nous ne sommes qu’à quelques kilomètres du cap Horn.

Mais le plus impressionnant concerne la durée des jours. En été, c’est à dire au moment où nous y sommes (bah oui, en décembre, on est en plein été dans l’hémisphère sud !), il fait jour de 5:00 du matin à minuit !!! 5 heures de nuit, ce n’est pas beaucoup. De plus durant la nuit, une clarté permanente persiste. On assiste donc ici à des ciels de couchers de soleil impressionnants ! En hiver par contre, c’est le jour qui dure 5 heures de 10:00 à 15:00. A peine levé, le soleil se couche déjà.

Nous visitons le bagne d’Ushuaia qui fut construit par les autorités argentines en 1902. L’objectif était d’essayer de peupler cette partie du continent, stratégique au point de vue militaire. Donc les familles des bagnards étaient invitées à séjourner ici. Mais le résultat ne fut pas très probant et il persistait plus de bagnards que d’habitants…
Les prisonniers, souvent politiques, coupaient du bois qui était transporté le long d’une rivière ou par un petit train réservé à cet effet et au transport des bagnards.
Remarquons que les bagnards avaient des cellules sans fenêtre et …sans chauffage.

La ville nous séduit ! Ici le rythme semble très tranquille. Pas d’agitation, pas de stress. Quelques très jolies maisons, bâtisses parsèment le centre ville et ses alentours.
Nous retrouvons quelques maisons aux murs de bois recouverts de tôle ondulée et peintes de diverses couleurs. Nous flânons donc au gré des rues, à l’affût d’une nouvelle découverte.

Des restaurants nous proposent des buffets avec viande parrilla (barbecue argentin, pour simplifier), à volonté. Nous nous en jetons quelques uns durant nos jours sur place.

L’activité nocturne est, elle, beaucoup plus calme. Alors qu’à cela ne tienne, nous trouvons un bon petit hôtel, conseillé par des tourdumondistes croisées à Bariloche, les globe-trotteuses http://globetrotteuses.free.fr/ l’hôtel Cruz del Sur. Là sur place, on découvre une petite équipe bien sympa, dans un hôtel familial. Internet gratuit mais limité et des salons de détente, lecture, discussion, bien sympas.

Puisque nous sommes dans les amis tourdumondistes, nous croisons aussi 2 voyageurs de la www.routedesreves.com qui traversent l’Amérique Latine en vélo. Nous chemins s’étaient déjà croisés à Coronel au Chili au sein de l’ONG Partage.

Sur les conseils de Gilles, Xavier et Christel rencontrés à Los Calafates, nous décidons de louer une voiture. Nous partirons à l’est d’Ushuaia, jusqu’au bout d’une route indiquée sur nos cartes.
Assez rapidement, nous faisons la connaissance d’un français, qui cherchait sans succès un bateau pouvant l’amener en Antarctique. Puis une jolie petite américaine de Californie décide de nous accompagner aussi.

A 4 dans notre petite Hyundaï, nous voilà partis vers les routes de la Terre de Feu, des routes qui se transforment vite en pistes, pour tout vous dire.

Après 2 bonnes heures de route, nous rejoignons enfin le bord de mer, dont nous nous étions éloignés. Ici le vent semble souffler parfois très fort. Les arbres ont poussé penchés et cela donne une allure presque surréaliste au décors. Nous nous arrêtons plusieurs fois pour dégourdir nos jambes et profiter de ces paysages magnifiques. Aurions-nous imaginé le bout du monde ainsi ?

Puis des lagunes parsèment notre chemin. C’est très vert et, lorsque le ciel nous donne un répis bleu, l’eau prend alors des reflets miroirs fumés. Encore une fois, nous arrêtons le véhicule et marchons pour profiter d’un air frais et marin.

Plus loin des arbres morts dans l’eau d’une autre lagune nous rappellent la dureté des hivers dans la région. La neige doit recouvrir d’un drap blanc de neige l’ensemble de cette région. Elle comporte d’ailleurs quelques stations de ski. Puis au printemps, la neige fond et vient tuer les arbres déjà bien attaqués par la rigueur de l’hiver. Le résultat de tout cela est un magnifique tableau de branches, de troncs, mis pêle-mêle dans une eau calme et paisible. Waouh ! Le tableau est superbe.

Sur une plage, un peu plus loin, la magie du tableau et de l’immensité est tachée. Alors que nous découvrons l’eau agitée du détroit de Beagle, une bouteille en plastique de Coca Cola gît sur la plage. Nous ne manquons pas de le faire remarquer à notre amie américaine qui semble effondrée et désolée.
Mais bientôt, la magie du lieu reprend le dessus. Sur nos cartes, la route s’arrête, ainsi sans vraie raison. Doucement son tracé se fait plus léger et disparaît. Quelques kilomètres plus loin, notre route fait de même…
Le sentier qui était encore circulable s’arrête jusqu’à s’effacer en quelques mètres. Nous sommes contraints à arrêter le véhicule.
Nous partons alors chacun de notre côté et admirons le paysage qui s’offre à nous. On a alors un sentiment d’immensité et d’accomplissement. Nous sommes au bout du monde !

Le ciel nous offre un spectacle…patagonique. Le soleil se reflète dans l’eau, transperçant parfois le ciel nuageux. Nous restons presque une heure sur place. Chacun d’abord cherche un peu de solitude devant cette immensité, puis nous nous retrouvons et échangeons nos impressions. J’en profite pour fumer un cigare argentin que j’avais réservé pour ce moment unique.

Sur la route du retour, la nature nous offrira d’autres surprises. Tout d’abord, nous voyons un castor, qui semble perdu sur la route. Un peu craintif mais presque immobile, il nous regarde, observe le moindre de nos gestes, prêt à s’enfuir en cas de risque. Puis 2 Zoros, ces renards de Patagonie coupent notre route pour aller se réfugier dans les bois.

De retour à Ushuaia, nous admirons un bateau, en rade depuis de nombreuses années et que l’on retrouve sur bon nombre de photos prises à ici. Nous faisons tour du port pour admirer les bateaux de pêche, et allons jusqu’à l’aérodrome qui propose des survols de la baie en petit coucou.

Mais il est temps de repartir. Quand nous nous renseignons sur les billets de bus, nous nous rendons compte qu’ils sont tous complets pour les 4 prochains jours. Nous hésitons un moment. Nous devons rencontrer des ONG à Buenos Aires et aimerions y passer les fêtes de fin d’année. Le billet d’avion pour Buenos Aires est un peu plus cher mais tellement plus rapide. Ok on part demain alors !

Dans quelques heures, nous serons dans la capitale du tango, dans la cité très occidentalisée de Buenos Aires…




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