Nous
quittons Los Calafates pour nous rendre dans un petit village plus au nord.
Déjà nos 3 amis français Christel, Xavier et Gilles s’y
trouvent. Nous les rencontrerons certainement sur place.
Le chef de la guesthouse nous a proposé le même deal
que la veille. Il nous conduit là-bas en 4x4 privé pour le même
prix que le bus local. Etant donné que la distance est plus grande, nous
gagnerons bien du temps et ferons la route en 4 heures 30 au lieu des 6 heures
en bus. Nous acceptons donc et nous voilà partis. Sur la route, nous
devons passer à l’aéroport pour charger 2 autres personnes
qui vont aussi à El Chalten.
L’arrêt à l’aéroport nous semble
un peu long. Nous demandons au chef de la guesthouse l’explication, mais
il reste très évasif. Qu’à cela ne tienne, nous attendrons
un peu plus longtemps. Nous voulons juste arriver à temps pour pouvoir
commencer cette fin d’après-midi un trek afin de dormir en montagne.
Un
couple de touristes argentins âgés sort de l’aéroport.
Le chef de la guesthouse nous montre le 4x4 voisin avec un jeune chauffeur :
« C’est mon employé. Il va vous conduire jusque là-bas.
Changeons les sacs à dos de voiture. » Nous nous exécutons
et laissons la place près du chauffeur à cette dame âgée.
L’ambiance
n’est pas des plus folles durant le trajet. L’homme avec nous est
un homme d’affaire qui travaille dans le négoce des pièces
détachées de voitures. Il questionne souvent notre jeune chauffeur
sur les différents problèmes d’approvisionnement de marchandises
en Patagonie. Pas passionnant comme conversation.
Au
bout d’1 heure 30 de trajet, nous découvrons à notre droite
des rochers en pleine érosion, les différentes strates donnent
à la roche un effet rayé bien sympa. A ma demande, le chauffeur
s’arrête 2 minutes pour une pause photo.
Une autre pose arrive une demi-heure plus tard, à mi-chemin.
Le couple argentin va prendre un café ; le jeune chauffeur se repose
un peu. Durant ce temps, Auray et moi partons voir le fleuve couleur «
Dulce de Glaciar » (voir le carnet de route précédent),
qui se trouve au bord de la route.
Nous
supportons la musique peu entraînante du chauffeur. Comment à 21
ans, peut-il écouter ce type de musique ? J’espère que même
60 ans, on aura encore un peu plus la patate !
Nous arrivons enfin dans le village d’El Chalten. Nous nous
mettons d’accord avec notre chauffeur. Nous serons 2 jours plus tard,
à 10 heures du matin devant son bureau, pour un retour à El Calafate.
Un petit tour à l’office du Tourisme nous permet de faire notre
itinéraire. La femme de l’office nous confirme que nous pouvons
partir sans tente. Elle trouve cela un peu risqué, mais nous ne pouvons
résister à l’idée d’une nuit dans nos duvets
grand froid de notre partenaire Wilsa Sport et à la belle étoile.
Je me souviens de mes nuits à Saint Cyr dans des bâches agricoles
sous la pluie. En s’organisant bien, on peut même se réveiller
tout sec. Tout de même, certaines cabanes improvisées pourraient
nous abriter en cas de très mauvais temps.
Le
temps se gâte d’ailleurs. « Partez vite pour arriver à
temps au campement ! »
Une minute plus tard, nous quittons le village et entamons la marche
vers le Cerro Torre. Très vite, malgré la montée, nous
prenons un bon rythme. On ne court pas, mais pas loin. C’est génial
de pouvoir enfin retrouver le plaisir de la marche. Durant le voyage, nous aurons
fait un trek au Népal, dans les Annapurnas, au Pérou, dans le
Canyon del Colca et voici notre troisième trek.
Nous
longeons au début une petite rivière que, petit à petit,
nous surmontons, le relief du sentier oblige. C’est un vrai plaisir de
marcher ainsi. Nous traversons des petites forêts de pins, de sapins,
puis des espaces dégagés rocailleux.
Plus loin, nous devons traverser une petite rivière le long
de la forêt. Au loin, déjà, nous découvrons le Cerro
Torre, qui nous dévoile ses pics blancs.
Le vent devient de plus en plus violent et les premières
gouttes apportent de la fraîcheur bien agréable à nos corps
en sudation naissante. Nous accélérons à nouveau.
Nous arrivons au campement en 2 heures au lieu des 4 heures annoncées.
Mais nous ne voulons pas nous arrêter là. Un sentier en appendice
nous permettrait d’approcher au mieux le Cerro Torre et le lac qui se
trouve à ses pieds. Entre les 2, un autre glacier, moins impressionnant
que le Perito Moreno, mais, ma foi, bien imposant aussi.
Au
moment d’approcher le lac, le vent double de volume. Nous avons du mal
à rester debout. Des bourrasques nous mettent presque à terre.
Quelle violence de la nature !
Nous arrivons tant bien que mal à voir le lac et le Cerro Torre. Nous
ne pourrons pas aller ce soir sur l’appendice. Pour le moment, cherchons
le petit abri et restons-y le temps de l’averse.
Au
milieu des tentes, se trouve une sorte de petite cuisine dans un abri en bois.
Les quelques campeurs restent dans leur tente. Nous en profitons avec bonheur
pour prendre domicile dans ce lieu qui nous évitera bien des désagréments.
Après avoir allongé nos duvets sur des bancs en bois, nous mangeons
un morceau et pouvons nous adonner à une activité favorite des
marcheurs : la lecture.
Après une nuit venteuse, mais bien reposante, nous pouvons
repartir pour faire ce que nous n’avons pas pu faire la veille au soir.
Après un petit déjeuner expéditif, nous voilà repartis
en direction du glacier. Au bout de 30 mètres, quelqu’un nous appelle
: « Les nomades ! Auray ! JC ! ». Xavier, l’un des 3 français
rencontrés à El Calafate, arrive d’un pas assuré.
Il est parti ce matin d’El Chalten. Il nous explique que Christel était
fatiguée des 2 jours de marche et que Gilles a décidé de
rester avec elle. Ils ont eu un temps pire que le nôtre à quelques
kilomètres au nord de notre position. Ils n’ont donc pas pu admirer
le mont Fitz Roy comme ils auraient voulu.
Nous
partons donc avec lui admirer le Glacier du Cerro Torre. Le lac et la montagne
ont une allure très reposante, maintenant que la tempête a chassé
les mauvais nuages. Sur le chemin, Xavier, lors d’une pause, oublie son
appareil photo. Un touriste anglophone nous le ramène quelques dizaines
de minutes plus tard. Ouf !
Nous
discutons de longues minutes devant le glacier. Petit à petit, les touristes
nous rejoignent, profitent de la vue et repartent. Nous serons arrivés
les premiers et repartis les derniers. Mais notre allure de retour, en plus,
en descente, nous permet de rattraper tout le monde.
Nous continuons jusqu’au bout avec Xavier. Il est temps pour
lui de rentrer à El Chalten retrouver nos amis Gilles et Christel.
De notre côté, nous cherchons en vain le chemin pour
2 lacs : le Lac Mère et le Lac Fille. Nous trouvons 2 autres lacs qui
ressemblent. Ce ne sont pas les bons lacs mais qu’à cela ne tienne
! Cela nous rallonge d’une bonne heure le trajet, et c’est tant
mieux. On profite ainsi plus longtemps de la marche à travers la nature
luxuriante des abords du Mont Fitz Roy.
Le
soir, avant que la nuit tombe, nous montons la dernière partie qui nous
amène devant le Fitz Roy. Nous voulons y voir le coucher de soleil, souvent
décrit dans nos guides de voyage.
Après une montée un peu violente, nous voilà face à
un lac gelé en bas du Fitz Roy. Wouhh !!! C’est beau et si pur
!
Quelques
montagnards reviennent de l’ascension du mont, réputé des
plus difficiles qui fut vaincu pour la première fois en 1952 par un français,
Lionel Terray. Nous voyons d’abord ces montagnards en cordée, puis
essayant tant bien que mal d’avancer dans la neige épaisse tombée
la veille.
Nous redescendons après avoir passé un bon moment
là-haut et après avoir profité au maximum du couché
de soleil face à nous.
A
un nouveau campement, l’emplacement que nous avions imaginé prendre
est occupé par une tente de 2 personnes. Nous cherchons alors un endroit
plus propice pour être abrités du vent. Alors que nous trouvons
un peu plus loin, une fille vient nous voir. « Si vous voulez, on vous
laisse l’emplacement. Vous n’avez pas de tente, c’est ça
? » Géniale cette fille. De plus quel hasard de trouver une française.
On accepte, s’assurant ainsi un refuge au sec en cas de pluie.
Nous faisons connaissance. Elle et son copain travaillent pour Médecins
Sans Frontières. Nous parlons donc humanitaire durant de longues minutes.
Puis
le soleil se couche, laissant le Fitz Roy sur fond bleu foncé. Je reste
à observer le ciel magnifique. Je pense que dans quelques jours, nous
serons plus au sud encore. Dans 2 jours, si tout va bien, nous serons en Terre
de Feu, dans la ville mythique d’Ushuaia. En s’approchant du pôle
sud, les journées d’été seront de plus en plus longues…
La descente, le lendemain, se passe sans encombre. Nous nous levons
à 7 heures du matin pour pouvoir être à 10 heures. Malheureusement,
notre chauffeur n’est pas à l’heure. Après avoir patientés
4 heures, le voilà enfin de retour. Très vite nous partons. Nous
devons foncer pour pouvoir prendre l’un des 3 bus hebdomadaires pour Ushuaia.
Mais avec ce retard, il y a peu chance que nous y arrivions…