parcours carnet de route reportages partenaires livre d'or SOMMAIRE

Des personnes qui vivent d'une décharge…
30 novembre 2002
 

C'est après avoir vu une petite affichette sur les murs de mon hôtel familial à San Carlos de Bariloche concernant une cantine pour les personnes vivant de la décharge de Bariloche que je me décide à aller visiter les responsables.

En VTT je trouve difficilement mon chemin. Des passants m'y aident. Plus je m'écarte du centre ville plus je découvre la misère des périphéries environnantes. Nous nous étions fait comme remarque en entrant en Argentine : " Ca y est. Le Tour du Monde Humanitaire touche à fin. La misère ne se voit plus partout. Il faut maintenant la chercher. " Notre jugement était bien trop hâtif. Il ne faut pas aller bien loin pour découvrir ces blessures du pays. Celles qui font qu'aujourd'hui, plus de la moitié des argentins vivent sous le seuil critique de pauvreté.

Arrivé à la décharge, je découvre des débris de véhicules qui croupissent dans une mare nauséabonde. De l'autre côté de la route, une partie de la décharge brûle. Quelques hommes et enfants travaillent près du feu. J'interroge un gardien. Je cherche le " comedor ", cette cantine organisée pour les chiffonniers. Il m'indique vaguement une direction.

Deux heures plus tard, après avoir parlé avec des enfants d'une communauté religieuse qui se trouvent à l'entrée, d'autres enfants arrivent à l'entrée et attendent comme moi, les personnes organisatrices.

Une femme vient vers moi et se présente : Gloria. Elle est l'organisatrice de cette cantine qui a lieu 2 fois par semaine. Elle est accompagnée d'amis, venus donner eux aussi un coup de main. Très vite chacun met la main à la pâte.
Je lui explique rapidement pourquoi je suis là, et lui propose de parler de son action sur notre site Internet, afin de cherche d'éventuelles aides ou supports occidentaux.

Alors que je commence juste les photos, Gloria m'interpelle : " On n'a pas assez de monde. Est-ce que vous pouvez aider les femmes et les enfants à porter leur verre, leur pain ou leur dessert ? En plus, vous vous rendrez plus vite compte de ce que nous faisons ici." Me voici donc à distribuer la soupe populaire. En 30 minutes, une centaine de personnes défilent. En général, ils n'ont pas eu assez de temps pour se laver dans la petite cuve à l'entrée dont l'eau est déjà noire après le passage de 2 personnes.

Je suis très étonné de retrouver dans la condition de ces personnes des situations similaires à celles que nous avions vues sur la décharge de Phnom Penh au Cambodge. Comment cela peut-il se passer ici en Argentine ?
Comment se fait-il qu'aujourd'hui encore des enfants aient à chercher de la nourriture sur une décharge publique ?


A la fin du déjeuner, nous organisons un rendez-vous avec Gloria afin qu'elle m'explique son histoire. Et lisez bien tout cela car c'est une belle histoire de solidarité et de courage face à ce qui révolte : la misère.

C'est en février 2000 que l'histoire commence. Sergio Pineda est mécanicien à Bariloche. Un jour un part sur la décharge afin de se débarrasser d'une carcasse quelconque. Une vision le choquera : il verra des enfants en train de manger des haricots dans des sacs poubelles domestiques que des camions poubelles de la ville avaient jetés. Choqué et angoissé, il en parle le soir même à son épouse. Ils en discutent toute la soirée et décident que c'est à eux d'agir. Elle va organiser une fois par semaine de donner aux enfants à manger, en cuisinant un plat local : le Chiripan, une sorte de sandwich avec du chorizo.

Gloria commente son action à ses amies. Petit à petit des amis participent et le choripan se transforme en plats chauds cuisinés. La nourriture est toujours distribuée à ciel ouvert, c'est à dire sous la neige et dans le froid en hiver, sous la pluie parfois les autres saisons, tout cela au milieu de la forte odeur de décomposition des déchets de la décharge.

Plus le temps passe et plus la file s'allonge à proximité du coffre de la voiture de Sergio et Gloria, afin d'obtenir son plat chaud, son dessert, son pain, et sa boisson.

Témoin de cette générosité, le pasteur de l'Eglise évangélique de Rivadavia ouvre son presbytère afin de donner la nourriture dans un endroit chaud et prête sa cuisine et ses marmites. Un groupe de retraités vient lui aussi en aide régulièrement.
Gloria nous commente : " Le travail était ardu, difficile, incommode, mais l'amour des prochains surmontait tout : voir les visages de ces êtres abandonnés par la société, nécessitant de la compréhension pour leurs carences, nous poussaient à continuer nos actions. "

Une nouvelle coopérante Susana nous explique son point de vue. " Ma petite fille Monica, revenait régulièrement de l'école en demandant des sachets de nourriture pour des enfants de la décharge. J'en voulais savoir plus et j'ai appelé Gloria. Je me suis intégrée au groupe des 25 volontaires qui se relaient pour aider. J'ai par la suite compris qu'il fallait donner, donner du temps, donner des ressources matérielles, donner de l'amour. J'ai compris qu'il fallait donner jusqu'à ce que cela fasse mal, jusqu'à ce que ce soit difficile de donner. Il faut aller plus loin que la facilité et qu'il ne faut pas aider pour se donner bonne conscience. "

Susana aida à trouver un lieu pour pouvoir cuisiner de façon plus commode et hygiénique. Ces volontaires nous expliquent qu'ils n'ont jamais eu d'aide du gouvernement, ni d'aucune institution politique ou religieuse.

Depuis les événements de décembre 2001 en Argentine, qui plongèrent le pays dans des dévaluations répétées et dans une crise économique sans précédent, la situation a empiré. Des quelques dizaines de personnes vivant de la décharge, il y a maintenant environ 100 personnes qui viennent manger. La solidarité s'est développée et maintenant 2 repas par semaine sont servis. Ils viennent en compléments nutritionnels aux cantines données par l'état, une fois par jour et souvent trop faibles en quantités et en apports.

Petit à petit, Gloria, son mari Sergio et son fils Gonzalo, comprennent la situation difficile dans laquelle travaillent ces personnes (dont un tiers sont des enfants). Les matériaux récupérés sur place sont revendus à des grossistes à des prix ridiculement bas. Une petite mafia de Buenos Aires achète à Bariloche les métaux, cartons, verres. Ils en fixent un prix plus bas que celui de marché et assurent ainsi leurs intérêts. Sergio a tenté de contacter d'autres entreprises de récupération mais les volumes sont trop faibles pour assurer un revenu immédiat pour un premier changement de sous-traitants. Les chiffonniers auraient besoin de trésorerie pour survivre durant 4 ou 5 mois.

L'idée serait de créer une coopérative afin que les intérêts de chacun des chiffonniers soient défendus par un groupe organisé. Mais Sergio et Gloria savent qu'ils n'ont pas les compétences, ni l'expérience pour cela. De plus, Sergio et Gloria et leur fils Gonzalo sont une famille modeste. La classe moyenne a été fortement touchée par la crise économique et ils ne peuvent se priver d'un salaire.
Ils seraient prêts à accueillir un ou une volontaire pour les aider dans cette mission de monter une coopérative. Mais novices dans ce domaine, ils ont besoin d'une personne très indépendante.

Voici une description succincte du profil recherché :
- personne d'environ 28-35 ans
- Bon maniement de l'espagnol
- Formation ou expérience administrative ou commerciale
- Eventuelle expérience théorique ou pratique dans la formation d'une coopérative

Le volontaire doit financer entièrement son voyage, sa nourriture. Il pourra être logé chez Sergio et Gloria.

Cela vous tente ? Envoyez votre CV et votre lettre de motivation en espagnol à fliapineda@infovia.com.ar
Expliquez que vous écrivez suite à l'article de Nomades On Line…Le Tour du Monde Humanitaire.

Merci à vous



 
 
Cliquez sur les images pour les voir en plus gros
   
 
  PRECEDENT   CARNET DE ROUTE   SUIVANT  

 
ACCUEIL - SOMMAIRE