C'est
après avoir vu une petite affichette sur les murs de mon hôtel
familial à San Carlos de Bariloche concernant une cantine pour les personnes
vivant de la décharge de Bariloche que je me décide à aller
visiter les responsables.
En VTT je trouve difficilement mon chemin. Des passants m'y aident.
Plus je m'écarte du centre ville plus je découvre la misère
des périphéries environnantes. Nous nous étions fait comme
remarque en entrant en Argentine : " Ca y est. Le Tour du Monde Humanitaire
touche à fin. La misère ne se voit plus partout. Il faut maintenant
la chercher. " Notre jugement était bien trop hâtif. Il ne
faut pas aller bien loin pour découvrir ces blessures du pays. Celles
qui font qu'aujourd'hui, plus de la moitié des argentins vivent sous
le seuil critique de pauvreté.
Arrivé
à la décharge, je découvre des débris de véhicules
qui croupissent dans une mare nauséabonde. De l'autre côté
de la route, une partie de la décharge brûle. Quelques hommes et
enfants travaillent près du feu. J'interroge un gardien. Je cherche le
" comedor ", cette cantine organisée pour les chiffonniers.
Il m'indique vaguement une direction.
Deux heures plus tard, après avoir parlé avec des
enfants d'une communauté religieuse qui se trouvent à l'entrée,
d'autres enfants arrivent à l'entrée et attendent comme moi, les
personnes organisatrices.
Une femme vient vers moi et se présente : Gloria. Elle est
l'organisatrice de cette cantine qui a lieu 2 fois par semaine. Elle est accompagnée
d'amis, venus donner eux aussi un coup de main. Très vite chacun met
la main à la pâte.
Je lui explique rapidement pourquoi je suis là, et lui propose de parler
de son action sur notre site Internet, afin de cherche d'éventuelles
aides ou supports occidentaux.
Alors
que je commence juste les photos, Gloria m'interpelle : " On n'a pas assez
de monde. Est-ce que vous pouvez aider les femmes et les enfants à porter
leur verre, leur pain ou leur dessert ? En plus, vous vous rendrez plus vite
compte de ce que nous faisons ici." Me voici donc à distribuer la
soupe populaire. En 30 minutes, une centaine de personnes défilent. En
général, ils n'ont pas eu assez de temps pour se laver dans la
petite cuve à l'entrée dont l'eau est déjà noire
après le passage de 2 personnes.
Je suis très étonné de retrouver dans la condition
de ces personnes des situations similaires à celles que nous avions vues
sur la décharge de Phnom Penh au Cambodge. Comment cela peut-il se passer
ici en Argentine ?
Comment se fait-il qu'aujourd'hui encore des enfants aient à chercher
de la nourriture sur une décharge publique ?
A
la fin du déjeuner, nous organisons un rendez-vous avec Gloria afin qu'elle
m'explique son histoire. Et lisez bien tout cela car c'est une belle histoire
de solidarité et de courage face à ce qui révolte : la
misère.
C'est en février 2000 que l'histoire commence. Sergio Pineda
est mécanicien à Bariloche. Un jour un part sur la décharge
afin de se débarrasser d'une carcasse quelconque. Une vision le choquera
: il verra des enfants en train de manger des haricots dans des sacs poubelles
domestiques que des camions poubelles de la ville avaient jetés. Choqué
et angoissé, il en parle le soir même à son épouse.
Ils en discutent toute la soirée et décident que c'est à
eux d'agir. Elle va organiser une fois par semaine de donner aux enfants à
manger, en cuisinant un plat local : le Chiripan, une sorte de sandwich avec
du chorizo.
Gloria commente son action à ses amies. Petit à petit
des amis participent et le choripan se transforme en plats chauds cuisinés.
La nourriture est toujours distribuée à ciel ouvert, c'est à
dire sous la neige et dans le froid en hiver, sous la pluie parfois les autres
saisons, tout cela au milieu de la forte odeur de décomposition des déchets
de la décharge.
Plus
le temps passe et plus la file s'allonge à proximité du coffre
de la voiture de Sergio et Gloria, afin d'obtenir son plat chaud, son dessert,
son pain, et sa boisson.
Témoin de cette générosité, le pasteur
de l'Eglise évangélique de Rivadavia ouvre son presbytère
afin de donner la nourriture dans un endroit chaud et prête sa cuisine
et ses marmites. Un groupe de retraités vient lui aussi en aide régulièrement.
Gloria nous commente : " Le travail était ardu, difficile, incommode,
mais l'amour des prochains surmontait tout : voir les visages de ces êtres
abandonnés par la société, nécessitant de la compréhension
pour leurs carences, nous poussaient à continuer nos actions. "
Une
nouvelle coopérante Susana nous explique son point de vue. " Ma
petite fille Monica, revenait régulièrement de l'école
en demandant des sachets de nourriture pour des enfants de la décharge.
J'en voulais savoir plus et j'ai appelé Gloria. Je me suis intégrée
au groupe des 25 volontaires qui se relaient pour aider. J'ai par la suite compris
qu'il fallait donner, donner du temps, donner des ressources matérielles,
donner de l'amour. J'ai compris qu'il fallait donner jusqu'à ce que cela
fasse mal, jusqu'à ce que ce soit difficile de donner. Il faut aller
plus loin que la facilité et qu'il ne faut pas aider pour se donner bonne
conscience. "
Susana aida à trouver un lieu pour pouvoir cuisiner de façon
plus commode et hygiénique. Ces volontaires nous expliquent qu'ils n'ont
jamais eu d'aide du gouvernement, ni d'aucune institution politique ou religieuse.
Depuis
les événements de décembre 2001 en Argentine, qui plongèrent
le pays dans des dévaluations répétées et dans une
crise économique sans précédent, la situation a empiré.
Des quelques dizaines de personnes vivant de la décharge, il y a maintenant
environ 100 personnes qui viennent manger. La solidarité s'est développée
et maintenant 2 repas par semaine sont servis. Ils viennent en compléments
nutritionnels aux cantines données par l'état, une fois par jour
et souvent trop faibles en quantités et en apports.
Petit
à petit, Gloria, son mari Sergio et son fils Gonzalo, comprennent la
situation difficile dans laquelle travaillent ces personnes (dont un tiers sont
des enfants). Les matériaux récupérés sur place
sont revendus à des grossistes à des prix ridiculement bas. Une
petite mafia de Buenos Aires achète à Bariloche les métaux,
cartons, verres. Ils en fixent un prix plus bas que celui de marché et
assurent ainsi leurs intérêts. Sergio a tenté de contacter
d'autres entreprises de récupération mais les volumes sont trop
faibles pour assurer un revenu immédiat pour un premier changement de
sous-traitants. Les chiffonniers auraient besoin de trésorerie pour survivre
durant 4 ou 5 mois.
L'idée
serait de créer une coopérative afin que les intérêts
de chacun des chiffonniers soient défendus par un groupe organisé.
Mais Sergio et Gloria savent qu'ils n'ont pas les compétences, ni l'expérience
pour cela. De plus, Sergio et Gloria et leur fils Gonzalo sont une famille modeste.
La classe moyenne a été fortement touchée par la crise
économique et ils ne peuvent se priver d'un salaire.
Ils seraient prêts à accueillir un ou une volontaire pour les aider
dans cette mission de monter une coopérative. Mais novices dans ce domaine,
ils ont besoin d'une personne très indépendante.
Voici une description succincte du profil recherché :
-
personne d'environ 28-35 ans
- Bon maniement de l'espagnol
- Formation ou expérience administrative ou commerciale
- Eventuelle expérience théorique ou pratique dans la formation
d'une coopérative
Le volontaire doit financer entièrement son voyage, sa nourriture.
Il pourra être logé chez Sergio et Gloria.
Cela vous tente ? Envoyez votre CV et votre lettre de motivation
en espagnol à fliapineda@infovia.com.ar
Expliquez que vous écrivez suite à l'article de Nomades On Line
Le
Tour du Monde Humanitaire.
Merci à vous