C'est
au cours de notre voyage en Bolivie que des voyageurs nous parlent d'une organisation
qui aide les enfants de mineurs à Potosi en Bolivie.
N'ayant pas plus de renseignement, nous décidons donc de
la chercher.
Pour l'Amérique Latine, nous avons changé notre façon
d'agir par rapport à l'Asie. Durant tout ce voyage, notre parcours nous
amène à rencontrer des organisations, des initiatives personnelles.
Cette fois-ci, les partenariats ne sont plus montés en Europe avant le
départ. En rencontrant au fur et à mesure des organisations, nous
pouvons aider des ONG méconnues, peu médiatisées.
Arrivés
dans la ville de Potosi, nous nous renseignons en centre ville. Des journalistes
du journal " El Potosi " nous conseillent de rencontrer les membres
d'une agence de voyage qui ont des contacts avec un jardin d'enfants à
l'entrée d'une mine " El Caracol " (l'escargot).
Au directeur de l'agence de Tourisme Koala Tour, nous expliquons
notre projet. " Pas de problème ! Venez demain matin à 9:00.
Vous monterez dans le bus avec les touristes. On vous amènera gratuitement
à l'association. Et vous ferez la connaissance de l'équipe. "
Le
lendemain matin, nous voilà partis. Le bus s'arrête une première
fois afin d'équiper les touristes en combinaisons, bottes, casques et
en lampes électriques. Dans le groupe nous rencontrons un groupe d'italiens
d'un certain âge. Nous hallucinons car 2 femmes en combinaisons gardent
leur colliers de perles. Elle choqueront certainement les mineurs qui, nous
le savons, ont beaucoup de mal à trouver de quoi survivre.
Le bus s'arrête une deuxième fois. Cette fois-ci c'est
pour acheter des cadeaux pour les mineurs : jus d'orange, coca-cola, mais aussi
alcool, outils et dynamite !
Arrivés à l'entrée de la mine, on nous présente
une femme âgée qui nous emmène au jardin d'enfants.
A
peine entrés, Bénédicte qui nous accompagne depuis quelques
semaines, Auray et moi sommes envahis par les enfants. Ils se jettent sur nous
et bientôt nous voilà avec un enfant dans les bras et 2 enfants
qui demandent leur tour.
Deux femmes nous expliquent qu'elles ont repris l'activité
de 2 autres volontaires. Pendant que les parents travaillent, le père
dans la mine, la mère à l'extérieur, elles s'occupent des
enfants. Ils ont entre 1 et 6 ans le matin et les plus âgés viennent
l'après-midi. A l'heure du déjeuner, les enfants reçoivent
un bol de lait et du pain.
Assez
rapidement, nous nous rendons compte que ce n'est pas l'organisation que nous
recherchons. Il y a plusieurs jardins d'enfants à l'entrée des
mines. Ces derniers sont aidés financièrement par l'Etat Bolivien,
à travers un Ministère, mais aussi par des organisations. Le Programme
Alimentaire Mondial leur apporte un soutien, ainsi que l'Unicef, ou l'Organisation
Internationale du Travail (OIT).
Parmi les organisations qui ont laissé quelques affiches au mur, Auray
et moi tombons sur celle du CDR. " Nous travaillons pour l'amélioration
du futur des enfants mineurs " promet l'affiche qui contient les sigles
de l'IPEC, de l'OIT et du Centro para el Desarrollo Regional (CDR).
Reste
à trouver ce qu'est le CDR et où il se trouve. En attendant, nous
jouons un peu avec les enfants. La caméra numérique et l'appareil
photo les fascinent !
Avant de repartir, les deux femmes nous expliquent qu'elle manquent
de jouets pour les enfants. Elles nous demandent si, par l'intermédiaire
du site, nous pouvons vous demander d'envoyer quelques jouets.
Vous pouvez les envoyer à l'adresse suivante :
Nomades On Line
1229, avenue de Rosendaël
59240 Dunkerque
France
Nous nous chargerons de leur envoyer par colis international.
La
recherche du CDR est très difficile. Il semblerait que cette organisation
est peu connue par les habitants.
Cependant une publicité en ville attire notre attention. Un enfant mineur,
les bras en croix, semble avoir les ailes d'un ange. Son ombre est un oiseau
qui se meurt. A sa droite, un bâton de dynamite allumé et des pierres
tombent. A sa gauche, des poumons en mauvais état et en bas, des squelettes
d'enfants. Le message dit simplement : " Plus de temps pour être
enfant ". Nous sommes au début choqués par cette image négative.
Nous comprendrons par la suite que tous les éléments de cette
photo sont tout simplement le quotidien de plus de 6 000 enfants de Potosi.
C'est
finalement le centre de santé de la croix rouge qui nous aidera. Dans
leurs documents, et compte-rendus de réunions, ils y retrouvent les coordonnées
du CDR.
Nous nous y rendons tout de suite et rencontrons un des responsables.
Il est emballé par notre projet et nous donne des tonnes d'informations
qui nous serviront pour notre reportage du mois. Nous sommes un vendredi. Il
nous conseille alors de revenir lundi suivant afin de rencontrer la directrice.
En attendant, nous allons effectuer le circuit touristique des
mines afin de voir ce que les agences montrent aux touristes pour comparer par
la suite à la réalité que combat l'ONG tous les jours.
La même agence de tourisme nous propose un petit prix pour
ce circuit. Elle même aide les familles de mineurs en donnant 15 % de
leurs revenus annuels à un fond de solidarité. De plus, elle a
aidé à la construction de centres de distribution d'eau potable
pour les mineurs. Le directeur nous raconte que son père était
mineur et qu'il est mort d'une maladie qui touche de nombreux travailleurs :
la silicose.
Lors
du circuit touristique, nous faisons la connaissance de 2 français Sébastien
et Romain et une anglaise Rose. Notre guide est un ancien mineur. Il sait donc
de quoi il parle. A l'entrée de la mine, des taches noires attirent notre
attention : " C'est du sang. Du sang de lama. Tous les ans, nous bénissons
la mine en sacrifiant un lama et en répandant son sang à l'entrée
de la mine. Cela nous amènera de bons présages. " nous explique
le guide.
Après s'être enfoncés de plusieurs centaines de mètres,
nous faisons une pause. Le froid de l'extérieur (nous sommes tout de
même à 4000 mètres d'altitude), et le vent s'engouffrant
dans la mine se transforme en une chaleur lourde et humide.
Tranquillement,
il mâche des feuilles de coca. Ils nous en distribue en expliquant que
les mineurs mâchent ces feuilles toute la journée. Elles leur apporte
un suc qui leur permet de lutter contre le mal de l'altitude. Ce suc leur donne
aussi l'impression d'être plus fort et les aide à piocher dans
le roc. Enfin c'est leur seul déjeuner de la journée. En évitant
de manger, les mineurs avalent moins de poussière de minerais.
Au
loin, nous entendons un homme piocher dans le roc. Béné ne se
sent pas très bien et commence une petite crise de claustrophobie. Elle
trouve tout de même le courage de nous accompagner voir notre premier
mineur à l'action.
Il
est seul dans une cavité. Il travaille ce samedi afin d'essayer de retirer
quelques pierres de plus pour les revendre. Il nous explique qu'il trouve ici
du plomb et de l'argent essentiellement. En montant à l'échelle,
il va nous chercher quelques pépites d'argent et nous les donne. En échange
nous lui donnons une boisson gazeuse et de la dynamite.
Nous repartons alors pour voir un autre mineur un peu plus bas. Cette fois-ci
s'en est trop pour Béné.
Sa
crise de claustrophobie l'immobilise sur place. Je rappelle notre guide afin
qu'il la guide jusqu'à la sortie.
En attendant,
nous nous retrouvons avec les 2 français, l'anglaise, Auray et moi. Nous
décidons d'éteindre nos lampes. Nous nous retrouvons dans un noir
complet, incapables de voir quoique ce soit. Le silence est aussi des plus complets.
Espérons que nous ne nous retrouvions pas en panne de batterie car nous
serions incapables de ressortir de ce trou de souris !
Le guide arrive en courant, plié en deux pour ne pas se
fracasser la tête contre les parois. Il est agile comme un singe et nous
comprenons que jamais nous n'aurons son expérience et son habilité.
Après
être descendus de quelques 40 mètres, le guide appelle un mineur.
Nous le voyons remonter avec difficulté. Après nous avoir expliqué
qu'il a choisi, au contraire de ses amis, de ne pas boire d'alcool afin d'avoir
une condition optimale pour nourrir toute sa famille, nous lui offrons ce qu'il
nous reste de cadeaux. Malheureusement il ne reste plus de dynamite sur nous.
Le
guide avait gardé la dernière dynamite pour nous faire une démonstration
d'explosion à la sortie de la mine. Nous nous concertons rapidement et
décidons d'annuler cette démonstration et d'offrir ce dernier
bâton à un mineur.
En rentrant, des mineurs bourrés entrent dans le bus. Nous
sommes samedi et il est 18 heures. Ils sont dans un état très
avancé. Dans le bus, ils nous font goûter à leur alcool.
Le croirez-vous ? L'alcool qu'ils absorbent est à 96 degrés !!!
Leur état
fait vraiment pitié. Ils n'arrivent plus à se tenir debout. Assis
sur leurs banquettes, certains s'amusent, d'autres dorment, d'autres enfin essayent
de nous faire absorber leur breuvage qui nous brûle la gorge.
L'un d'entre eux, âgé de 40 ans mais qui paraît en avoir
55 ou 60, commence à pleurer comme un enfant. Il ne joue pas la comédie.
Dans cet état d'ébriété avancé, il pleure
sur sa condition.
Nous dînons avec les 2 amis français et l'anglaise.
Elle nous dira que plus jamais elle n'osera se plaindre de son travail dans
son bureau à Londres. Elle a vu les pires conditions de travail qu'elle
n'avait jamais vu.
Alors
que nous amis vont se coucher, nous décidons de sortir ce samedi soir
pour nous changer les idées. L'ambiance au premier bar est assez calme
et Béné s'embête royalement. Petit à petit, des jeunes
arrivent et enflamment la piste de danse. Rapidement des filles nous invitent
et des garçons invitent Béné à se déhancher
sur la piste. En quelques minutes, nous voilà en plein apprentissage
de salsa.
Lorsque
la disco ferme ses portes, nous voulons continuer la soirée. Une musique
nous fait changer de route. Sans trop insister, nous nous faisons inviter à
un mariage bolivien.
Stupéfaction ! Tout le monde est dans un état second. Les invités
et les mariés ont bu, beaucoup plus que de raison. Auray hésite
à entrer dans la pièce principale : cela sent un peu trop le vomi
!
Béné et moi nous engouffrons sans trop réfléchir
et 10 minutes plus tard, nous dansons, elle avec le marié, moi avec la
mariée qui a sa jupe blanche qui traîne dans le vomi qui jonche
la sol.
Waouh ! Quelle journée !!!