Il est 5 heures et demi du matin. La lumière de ce nouveau jour transperce
la fenêtre embuée de notre chambre. Le froid nous force à
rester encore un petit moment sous nos couvertures. Mais déjà
notre guide frappe à notre porte pour nous annoncer le petit déjeuner.
Nous nous levons tant bien que mal. Nous sommes les seuls dans le refuge. Tous
les autres sont partis tôt pour prendre le petit déjeuner près
des thermes où la vue sur une des nombreuses lagunes que compte cette
région du Sud Lipez est magnifique.
En
sortant mettre les sacs dans le 4x4, nous nous rendons compte de la beauté
du site avec cette lumière et les couleurs de ce ciel si pur à
cette heure matinale. Elle est renforcée par l'isolement et le silence
de cathédrale qui y règne.
Nous grimpons dans la voiture et reprenons la route. Le paysage
désertique accompagné d'une légère brume flottant
juste au-dessus du sol et de la luminosité ambiante nous transporte dans
un autre monde imaginaire, qui pourrait être sorti de la tête du
cinéaste américain, Tim Burton.
Notre
voyage au cœur du désert de Uyuni s'interrompt par des bruits assourdissants.
Un tableau tout aussi fantastique surgit à ce moment devant nous dans
une plaine ouverte entourée de monts et montagnes, des vapeurs d'eau
et de gaz jaillissent de terre pour s'élever dans les airs.
Quelle
vision que ces geysers s'élevant vers le ciel !!!
Nous nous arrêtons pour découvrir ces surgissements
naturels. Nous nous approchons peu à peu de l'épicentre d'un des
geysers, le plus puissant d'entre eux. Rien qu'au bruit, nous sentons la forte
pression qui doit y régner. Nous restons là un bon moment pour
prendre des photos et des vidéos de ces jets naturels.
Un peu plus loin, des vapeurs de soufre jaillissent de terre pour
créer un nuage permanent au-dessus de ce cratère. Nous nous avançons
prudemment des cavités d'où proviennent ces émanations
car la chaleur peut y atteindre plus de 200 degrés.
En
nous penchant sur certaines d'entre elles, nous nous rendons compte de la température
très élevée qui y règne. Toutes ces sources sont
en ébullition. Des bulles apparaissent et éclatent dégageant
ainsi les gaz.
Nous
nous promenons dans ce paysage lunaire et complètement étrange
où se côtoient le chaud et le froid. En effet, juste à proximité
de ces geysers d'eau chaudes et de sources bouillantes, un champs de pics de
glace éternelle s'étale sur une grande superficie !!! Caractéristique
similaire au sous-sol de la planète Mars qui présenterait d'après
les scientifiques de la glace sous sa surface rouge.
Après
ce petit intermède martien, nous reprenons notre véhicule made
in Japan, pour nous rendre dans les sources thermales. Partis les derniers,
nous arrivons les derniers. Beaucoup des touristes croisés ces deux derniers
jours sont déjà là pour prendre le petit déjeuner
autour de cette lagune présentant des thermes chauds. Mais malgré
la présence du soleil, la température reste encore fraîche.
C'est pourquoi très
peu
de gens se sont aventurés à goûter les bienfaits de ces
sources.
Bien évidemment, nous n'hésitons pas un instant à nous
jeter dans un bain d'eau chaude riche en minéraux sur fond de lagune
et montagne millénaire pour vous donner envie de venir visiter le désert
de Uyuni. Aude nous accompagne et elle ne le regrette pas (à l'inverse
de notre toute p'tite amie Béné, atteinte de frilosité
aiguë, dommage !!!)
Revigorés
par cette séance de thérapie naturelle, nous reprenons la route.
Les heures défilent et les paysages de désert également.
Mais un désert complètement extravagant, le désert de Salvador
Dali, comme on le surnomme ici, nous émerveille. C'est un hommage bien
justifié au peintre catalan que ce désert aux coupes de pierres
taillées par le vent et le sable, aux couleurs chaudes, tout cela dans
un décors pastelisé, surréaliste !
Au
bout de 2 heures de route, nous découvrons l'un des sites préférés
des grands photographes, de National Geographic en passant par ceux de la Nasa
qui ont immortalisé sa couleur depuis l'espace, la laguna Verde. Nous
nous retrouvons devant un tableau fascinant à 4500 mètres d'altitude
où se superpose cette vaste étendue d'eau à la couleur
émeraude et l'imposant volcan Licancabur. Nous restons là quelques
minutes pour contempler cette vision magique.
Mais l'heure tourne et nous devons rejoindre le bureau de l'agence
située quelques kilomètres plus loin sur les bords de la lagune
Blanca.
Car
c'est là-bas que nous quittent Aude et tous ceux qui vont au Chili en
traversant le désert d'Atacama. Un petit quart d'heure plus tard, nous
arrivons dans une cabane où plusieurs 4x4 sont déjà présents.
Nos deux amis du Wyoming (Etats-Unis) partent aussi et vont accompagner Aude
dans son voyage vers la capitale chilienne. Nous nous quittons en nous échangeant
nos adresses e-mails. Nous embrassons notre amie française qui aura passé
une petite quinzaine de jours avec nous. C'est un court séjour mais elle
a apprécié cette virée en Bolivie, terminée pour
elle en apothéose dans le Salar de Uyuni.
Avec
ces trois départs, nous nous retrouvons seuls, Dédé, Ginette
et moi. Il est prévu de changer de véhicule pour rentabiliser
les 4x4. Nous nous retrouvons alors avec Mirko, le Suisse et Aline, la Brésilienne.
Nos bagages transvasés dans leur voiture, nous reprenons tout de suite
la route. Ginette a un peu de mal à digérer le départ de
Aude, se sentant un peu seule. Mais l'ambiance est chaleureuse avec Aline qui
met de la bonne humeur avec ses chansons brésiliennes.
Le
voyage se poursuit pour rejoindre le village où nous allons nous arrêter
pour la nuit. Après une pause toilette dans un petit pueblo complètement
isolé où la seule attraction est la minuscule église construite
au milieu de la place. Ily a aussi la possibilité de visiter un jardin
de rochers gigantesque aux couleurs ocres où seuls vivent les lamas et
autres viscachas, les lapins aux longues queues.
Nous
arrivons enfin après une après-midi de route à destination.
Le village se trouve dans un oasis où une petite rivière coule
paisiblement. Le vert de la végétation détonne dans ce
milieu si aride. Grâce à cette eau, la vie reprend de plus belle.
Des moutons, des lamas et autres animaux apparaissent dans ce tableau.
En
arrivant dans le pueblo, nous ne sommes plus étonnés de voir son
organisation, faite d'une rue principale et de petites ruelles la traversant
perpendiculairement de par et d'autres. Les maisons sont construites en terre.
Le pueblo paraît désert. Les habitants sont sûrement restés
chez eux, à l'ombre car la chaleur, même la fin d'après-midi
est encore lourde. Seuls quelques enfants s'aventurent dehors pour s'amuser.
La
guesthouse est très propre avec douche chaude, un grand luxe !!! Après
une bonne toilette pour nous décrasser de ces 3 jours dans le désert,
nous passons toute la soirée dans la salle à manger à discuter
avec les autres touristes perdus comme nous dans cet oasis.
Sachant
que nous avons toute la journée pour rejoindre la ville de Uyuni, nous
partons vers 9 heures du matin. Cette fois-ci pas d'arrêt, car il y a
peu de choses à voir sur cette route. Les paysages restent toujours aussi
arides. Et la chaleur et la poussière sont toujours aussi présents
et nos organismes fortement sollicités. Nous buvons beaucoup d'eau pour
éviter la déshydratation. Enfin, après 4 heures de route,
nous nous approchons de la ville.
Mais
avant, une dernière halte devant un cimetière complètement
insolite, le cimetière de train ! De nombreuses carcasses de locomotives
sont délaissées sur ce terrain vague. Certaines motrices sont
encore sur des rails et d'autres couchées. Ce lieu présente un
charme étrange avec ces épaves de train abandonnées au
milieu du désert, un peu à la Emir Kusturica. Nous nous amusons
à jouer les conducteurs de train. Mais la récréation ne
dure qu'un temps. Nous devons repartir.
Nous
revoilà à Uyuni, après ce voyage irréel dans le
Salar. Nous garderons des souvenirs incroyables de ce raid en 4x4.
Mais pas le temps de se reposer, nous achetons rapidement nos billets
pour Potosi et ses mines d'argent. Juste le temps pour nous de revenir sur terre
en surfant sur Internet pour avoir des nouvelles de nos proches et du monde,
de reprendre des forces avec une bonne pizza et nous revoilà repartis
vers une nouvelle destination pour 6 heures de bus. Mais ce n'est pas ce soir
que nous allons reprendre des forces car, arrivant à Potosi à
4 heures du matin, nous préférons une nouvelle fois dormir dans
le bus afin d'éviter une nuit à l'hôtel.
Le Désert Dali
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