Il
est 6 heures. Nous avons un bus à prendre pour aller au village où
nous attend notre guide, Augustin. Nous arrivons sur la place centrale où
se dresse fièrement un léopard en plastique qui est en fait la
seule cabine téléphonique du coin. JC en profite pour appeler
notre guide. A part la chaleur plus lourde qu'à Santa Cruz, c'est le
chant oppressant des oiseaux qui nous surprend le plus en arrivant ici. Nous
n'arrivons pas à savoir où ils se trouvent car les bruits semblent
venir de partout.
Malheureusement nous ne voyons pas notre guide. Bon c'est vrai
que nous avons deux petites heures de retard plus dues à la lenteur du
bus qu'à celle de Béné, notre tout'petite amie. Nous tentons
de nous informer dans la seule agence de tourisme de la place. La gérante
nous annonce qu'Augustin est joignable sur son portable. Finalement en attendant
tranquillement sur la terrasse d'une petite tienda, nous le retrouvons une heure
plus tard. Il nous propose une visite du parc durant 3 nuits et 4 jours pour
seulement 20 USD. Ça va le faire !!! Il nous propose également
de laisser nos gros sacs dans le local des gardes forestiers pour nous alléger
un peu.
Après une bonne heure de route, le taxi nous dépose
dans une plaine défrichée par les exploitants forestiers. Juste
à quelques mètres de nous des machines extraient des minerais,
des ouvriers tamisent pendant ce temps. Devant nous à quelques centaines
de mètres se dresse une forêt très dense.
Nous
marchons une bonne demi-heure jusqu'à ce que nous atteignions une rivière.
Les eaux sont bien tourmentées. Augustin semble un peu perplexe. Il ne
s'attendait pas à ce que la rivière soit si haute. Il propose
de passer tout de même. Il embarque avec lui les sacs contenants les objets
de valeur, caméras photo et vidéo, etc. Nous l'observons traverser
la rivière. Nous remarquons le fort courant emmenant des branches d'arbres.
Bien campé sur ses jambes, il passe sans trop d'effort. Il dépose
les sacs et nous fait signe d'y aller. JC se lance avec ses 72 kilos et arrive
sans peine sur l'autre rive.
Aux filles maintenant ! Je ferme la marche. L'eau étant
brouillée, opaque, je ressens une sensation chatouilleuse en foulant
le fond limoneux. Au milieu de la rivière, elles peinent et il s'en faut
de peu que Aude soit emportée et m'entraîne dans sa chute. Bien
sûr cela nous fait bien marrer, sauf peut être notre guide. Mais
heureusement sans aucun incident, nous atteignons la rive.
Mais comme la Béné adore se faire remarquer, elle nous a réservé
un petite surprise. En traversant, elle s'est coupée la plante des pieds.
Cela inquiète notre guide mais nous le rassurons. Nous avons tout pour
soigner cette petite entaille. Après un bon quart d'heure, le temps pour
Béné de nettoyer la plaie, nous nous remettons en route.
Nous
marchons 2 heures sur une piste de terre. Le soleil est au rendez-vous, les
paysages tropicaux également où la forêt verdoyante côtoie
les champs de papayers, de citronniers, de manguiers et d'autres fruits exotiques.
Béné sent une démangeaison au niveau de sa blessure de
guerre. Elle enlève sa chaussure et s'affole quelque peu en voyant la
grosse tâche de sang enveloppant la chaussette. En y regardant de plus
près, la plaie ne s'est pas agrandie donc pas de stress à avoir.
Béné remet sa chaussure en la serrant bien fort. Nous ne sommes
plus très loin de notre campement.
Nous arrivons devant une propriété où une femme nous observe.
C'est la belle-sœur de notre guide. Très avenant, le guide propose
à Béné de monter à cheval pour lui éviter
de marcher avec sa blessure. Grand moment de bonne rigolade à voir notre
amie enfourcher l'animal sachant qu'elle n'avait jamais monté !!!
| Nous arrivons à destination après avoir traversé
d'autres petites sources d'eau. Notre campement installé en haut
d'une butte est bien dégagé, entouré de grands arbres.
Il y a 3 grandes cabanes en bois, la plus grande sera notre dortoir, la
plus petite la cuisine et la dernière sera notre salle à manger
et notre salon en même temps. Justement, 2 " gringos " y
sont tranquillement installés et discutent. |

Lianes étrangleuses d'arbres !!!
|
Augustin nous présente sa femme, sa petite fille et son
père présents pour nous recevoir. Nous nous installons dans nos
appartements. Nous sommes un peu déçus de voir un campement aussi
" moderne ". Nous pensions faire une petite virée dans la jungle
avec le strict nécessaire, dormir dans des hamacs, en pleine forêt.
Mais bon tant pis, on fera avec.
Nous
profitons de cette fin de journée à écouter les bruits
des insectes, des chants des oiseaux. Nous faisons également la connaissance
des deux gringos qui sont en fait des français. Nous passons dès
lors la soirée ensemble à discuter de nos expériences de
voyageur. Ils partent demain très tôt pour visiter le parc avec
leur guide. Notre programme à nous démarre à 9h00.
Vers minuit, nous décidons de nous coucher pour être
frais pour la première journée de balade dans le parc.
Lors
du petit déjeuner, Augustin nous présente son père, qui
sera notre nouveau guide durant cette journée. Le ventre plein, nous
partons pour la balade. Nous marchons une petite demi-heure dans la forêt
mais nous ne sommes pas encore entrés dans le parc. Nous nous arrêtons
à un endroit propice pour voir les oiseaux. Equipé de jumelle,
notre guide scrute, écoute les différents sons dégagés
dans la nature et nous expose la vie de cette forêt et de ses habitants.
Nous restons là deux heures à mettre tous nos sens
en éveil. Nous entendons les nombreux chants d'oiseaux. Nous observons
les vols de ces animaux, les couleurs chatoyantes de leurs plumages, des formes
des ailes des papillons, les dégradés de vert des feuilles des
arbres, nous sentons cet air pur, l'odeur de l'humus, de l'humidité.
Moment vraiment vivifiant.
Il est déjà midi, nous n'avons pas vu le temps passer.
Nous retournons au campement pour prendre le déjeuner. Complètement
pris dans le rythme lent et tranquille des lieux, nous nous allongeons pour
une sieste réparatrice.
Nous
repartons deux heures plus tard, pour rentrer dans le parc découvrir
ses richesses naturelles. En haut d'un mirador, nous pouvons admirer l'étendue
de cette vaste forêt. En descendant dans le lit de la rivière,
nous en profitons pour nous rafraîchir en nous y baignant et ce malgré
la couleur plutôt grise de l'eau. Mais le cadre de cette nature sauvage
et la forte chaleur tropicale nous incitent vite à y plonger une petite
tête.
Nous passerons les 2 jours suivants à visiter ce parc naturel
riche en espèces végétales et animales. Les insectes, araignées,
fourmis rouges géantes sont les plus faciles à observer. Malheureusement,
il est très difficile de voir les mammifères, tapirs, cochons
d'inde, félins mais aussi les reptiles comme les pythons se cachant,
voulant se protéger de la menace des hommes et préférant
rester dans des lieux difficiles d'accès. Seuls des cris, des empreintes
sur le sol ou des excréments nous signalent leur existence et leur présence
dans ce parc.
Notre
guide voyant notre déception nous propose la dernière soirée
de nous rendre dans le parc mais à la tombée de la nuit car c'est
à ce moment là qu'il est possible de voir ces animaux. On sent
les filles un peu réticentes à l'idée de se retrouver dans
la jungle et dans le noir. Mais sachant que cela peut être marrant, elles
se lancent.
Nous partons alors juste après le dîner, équipés
de lampes torches. Une demi-lune éclaire de sa fine lumière la
piste nous menant dans le parc. Nous reprenons le même chemin emprunté
dans la journée mais dans ces conditions d'obscurité, tous nos
repères s'en trouvent radicalement changés. Nous prêtons
beaucoup plus attention à chaque moindre bruit, bruissement de feuilles,
de cris d'oiseaux ou autres animaux faisant sursauter nos aventurières
parisiennes. Béné très courageuse, à chaque son,
sursaute et va s'agripper avec force au bras de JC !!!
Acertains
moments, nous nous arrêtons à un endroit, nous nous asseyons par
terre et restons silencieux et attendons l'arrivée d'un éventuel
animal. Les deux premières fois, aucune bête ne se manifeste. C'est
seulement à la troisième que nous entendons un mammifère
s'enfuir d'un pas lourd, ayant manifestement senti notre présence. Le
bruit des feuilles et des brindilles écrasées par le poids de
la bête nous a bien surpris. Malheureusement, nous ne verrons rien.
Pour faire passer le temps, connaissant la phobie de Béné au sujet
des insectes et particulièrement des araignées, nous ne pouvons
nous empêcher de lui faire quelques frayeurs en simulant des bruits, en
faisant bouger les feuilles des arbres et autres artifices. Cette balade nous
a bien fait rigoler.
C'est
notre dernier jour dans la jungle. Augustin est notre guide aujourd'hui. Il
nous emmène faire une balade en remontant le long de la rivière.
Il nous montre les différentes espèces végétales
et animales. Des crottins de tapirs encore chauds nous indiquent la présence
toute récente de cet animal dans le coin. Par moment, nous assistons
à une envolée de papillons plus beaux les uns que les autres,
de tailles toutes aussi variées et de couleurs des plus incroyables.
Parfois,
notre ami Augustin nous offre le spectacle d'une imitation de cris de singe
hurleurs. Très amusant. Mais le temps passe vite et nous devons déjà
partir.
Sur le chemin, Ginette, heu Béné pardon, nous fait
encore des siennes (aux vues des disputes et discussions enflammées perpétuelles
entre Béné et JC, Aude leur avait trouvé les surnoms très
réussis de Dédé et Ginette. Surnom qui leur restera jusqu'au
départ de la Béné).
Sa chaussure droite a complètement explosé ! Aude, la Mac Gyver
du groupe lui répare la chaussure avec des bouts de ficelles. Cela suffira
le temps de retourner au campement.
Cela
nous a un peu retardé. Notre guide a donné rendez-vous aux prochains
touristes qui s'avèrent être en fait nos amies françaises
Marie-Camille et Aurélie. Pour finir ces 4 jours en beauté, Augustin
nous a réservé des chevaux pour le retour. C'est une balade très
agréable nous permettant de profiter d'un point de vue différent
sur les paysages de cette région.
Mais à l'arrivée, aucune française n'est là,
ce qui préoccupe notre ami qui avait réservé les chevaux
pour elles aussi. Au bout de 15 minutes, nous grimpons dans le taxi avec la
femme et la fille d'Augustin. Lors d'un arrêt à un village, on
fait part à notre guide que le taxi qui vient de partir avait dans son
véhicule deux filles occidentales. Augustin demande alors de suivre ce
taxi et pendant 5 minutes de course folle sur la piste devenant boueuse par
la pluie forte qui vient de tomber, le chauffeur se prend pour Marcus Gronholm
(pour les non-passionnés de rallye automobile, c'est le champion du monde
des pilotes au volant de la 206 Peugeot WRC).
Il se met à la hauteur du taxi et par des signes de la main
arrête la voiture. Nous descendons de notre véhicule sous une pluie
bien forte et passons le bonjour à nos amies toutes surprises de nous
voir. Nous papotons quelques minutes, le temps pour Augustin de monter dans
le taxi des filles. Nous quittons de cette façon notre guide pour rejoindre
le village. Nous reprenons nos gros sacs et par chance nous avons un bus qui
nous emmène au terminal terrestre de Santa Cruz.
Malheureusement il n'y a plus de bus pour Sucre à cette heure. Les départs
pour Sucre sont fixés à 18 heures. Nous sommes donc obligés
de rester une nuit supplémentaire dans cette ville qui est bien agréable.
Après 25 heures de bus, nous nous retrouvons enfin à
la gare routière de Sucre. A l'arrivée, des personnes nous accostent
pour nous proposer des billets pour Potosi ou Uyuni. Justement celui de Uyuni
part bientôt. On prévoyait de rester une journée ou deux
pour découvrir la capitale politique du pays mais il ne reste plus beaucoup
de temps à Aude pour faire le Salar de Uyuni et son désert de
sel. On choisit donc de choper ce bus qui n'est pas direct. Il nous faudra reprendre
un autre bus pour Potosi pour finalement arriver dimanche à 4 heures
du matin à Uyuni.