C'est
le grand jour : nous partons pour le Machu Picchu. Nous avons choisi une formule
très économique. En effet, depuis l'afflux touristique pour voir
cette cité Inca, les prix ont largement augmenté. Le gouvernement
a pris conscience de cette manne financière et l'exploite un maximum
!
En effet, pour faire le trek des Incas, un trek qui se fait en
3 ou 4 jours, il est maintenant obligatoire de prendre un guide autorisé
et de payer bien entendu le prix d'entrée. On arrive tout de même
à 170 € par personne et 120 € en tarif étudiant
Pour
marcher dans la montagne, c'est un peu cher. De plus, les touristes venant de
loin veulent souvent faire ce trek facile avant d'accéder au Machu Picchu.
C'est souvent le clou de leurs vacances : alors ils paient. Le chemin de l'Inca
devient donc une colonie de touristes marchant à la queue leu leu.
Une autre option est de partir en train jusque la ville la plus proche du site
Aguas Calientes (les eaux thermales) à partir de Cuzco. Oui, mais alors,
le gouvernement a la main mise sur la société de train. Alors
les prix sont incroyablement plus élevés que dans le reste du
pays
environ multipliés par 10 !!!
Pour compliquer le tout, les agences de voyages achètent tous les jours
des dizaines de billets jusqu'à épuisement des stocks et les revendent
en doublant les prix.
Nous partons donc en bus pour la ville accessible par la route
la plus proche du Machu Picchu, à 40 km. Pour le moment cela ne nous
coûte pas plus d'1€. Voilà qui est plus raisonnable ! Nous
partons à la station de bus pour le trajet. Manu nous demande : "
combien de temps de route ? " " 2heures jusqu'au premier village,
puis 30 minutes de plus jusque Ollantaytambo. Puis après il devrait y
avoir 2 ou 3 heures de train." Manu devient fou ! Non habitué à
des voyages en transports en commun, ça lui semble dingue. " voilà,
on se réveille et on part pour 5 ou 6 heures de trajet, comme ça
? Oh les gars, vous avez perdu toute notion du temps
!!! "
Nous
sommes a Ollantaytambo
oui, je sais, difficile à prononcer ces villes
quechuas péruviennes. Ici aussi, il y a une superbe forteresse inca qui
a valu à la ville le titre de " Capital mondial de la Indianidad
" en 1995. Les femmes portent ici le chapeau traditionnel d'une tribu :
sorte d'assiette décorée portée à l'envers. C'est
pas mal
! (Si vous êtes sages et aimez les chapeaux
on a,
au moins, 2 internautes fidèles chapelières
on vous fera
bientôt une sélection de chapeaux péruviens).
Dans cette ville d'un charme certain, nous retrouvons une amie
suisse voyageuse solitaire. Et bien, donc on est 4 : elle, Auray, Manu, et moi.
Cooool ! On va pouvoir jouer à la quinche en attendant le train ! (souvenez-vous,
ce dérivé de belote auquel nous avions joué comme des fous
en Equateur !)
Et
nous voilà partis pour 2 heures de jeu endiablé. On en oublie
presque l'heure quand un péruvien avec qui nous avions fait connaissance
vient nous rappeler à l'ordre : " Dépêchez-vous si
vous voulez acheter les dernières places ! "
On part en courant parcourir les 2 km qui nous séparent de la gare. Un
peu d'exercice à quelques 2500 mètres d'altitude et avec le sac
à dos, ça décrasse.
Ca y est ! Nous sommes dans le train. Celui-là est le plus
économique (10 €) car il part tard le soir. Ca tangue de partout
et je peux vous assurer qu'il ne vaut pas la qualité d'un Train Express
Régional entre 2 villages français perdus au fin fond de notre
bocage. C'est l'horreur ! On a même l'impression que le train va basculer
sur le côté au démarrage. Quand il s'arrête, on bascule
cette fois ci vers l'avant. Le bon côté c'est qu'il ne dépasse
pas les 30 kilomètres/heure, la vitesse maximum d'un Solex, c'est pas
peu dire
Nous
arrivons à Aguas Calientes, un village dans une vallée accessible
uniquement par la rail, le village le plus proche du Machu Picchu. Comme il
est 21 :00, nous cherchons un petit restau. Nous déambulons dans la rue
principale et nous nous rendons compte que plus nous montons, plus les prix
chutent. Alors on continue et jusqu'au bout, s'il vous plait !
On y trouve un café-bar-snack avec de la musique sympa. Et nous voilà
en train de s'enfiler du guacamole, cette purée d'avocats, avec des petits
biscuits d'apéro. C'est bon et copieux et pour aider, le patron du bar
est fort sympa.
Alors là, c'est un peu la grande hésitation. Soit
on prend un hôtel pour quelques heures (on veut monter de nuit la montagne
pour voir le lever de soleil sur le site) soit on boit un coup jusque 3 ou 4
heures du matin, soit on se la joue routs
J'ai repéré un petit endroit sombre dans le haut
de la ville où on pourrait dormir, mais ça ne semble pas trop
plaire à Auray et Manu qui pensent qu'il peut y avoir des agressions
la nuit
On redescend et on cherche un hôtel pas cher ou on pourrait
négocier les prix pour une petite nuit de 3 heures 30. Mais nous voici
bientôt bredouille.
Alors
comment faire ? On repère près de la gare, un poste de police
avec un militaire armé chargé de la sécurité. A
coté, 2 bancs publics. On va discuter un peu avec le militaire. Manu
est impressionné par sa kalachnikov, mais se sent plus en sécurité.
Ok, on va dormir un peu sur les bancs et on se réveillera dans 3 heures
pour faire nos 2 heures de montée.
Des chiens errants s'approchent de nous. Crevés, nous laissons faire.
Petit à petit ils s'approchent de plus en plus, jusqu'à monter
sur nos bancs publique. Ils nous réveillent donc en sursaut et se prennent
d'amitié pour nous. Il faut tout de même vous dire qu'ils sont
super-crades et graisseux. Où ont-ils traînés ?
Certainement
dans les bennes, les poubelles de la ville ! Nous les repoussons gentiment.
Mais ils nous adorent et nous réveillent à nouveau en nous léchant
le visage. Je me prend une grosse lèche sur la bouche
beurk !
Puis c'est au tour du militaire à se taper l'incruste. On
aurait du y penser. Comme il est seul et ne peut pas dormir, voilà une
bonne occasion pour lui de discutailler. Il s'attaque à Manu qui ne parle
pas un mot d'espagnol et qui ne répond pas du tout, faisant semblant
de dormir. Alors il vient me voir. Je répond dans un demi-sommeil, et
certainement à côté de la plaque. Au bout de 10 minutes,
il comprend enfin que l'on cherche un simili-sommeil et retourne à sa
caserne.
Les chiens errants s'y remettent de plus belle. D'autres chiens errants se rapprochent
et nous comprenons qu'il y a plusieurs meutes qui se battent pour défendre
leur territoire. Mais on semble être tombés sur les meilleurs.
Aucun
autre chien n'arrive à s'approcher à moins de 5 mètres.
Notre périmètre de sécurité est bien défendu.
Certains passants très tardifs, rentrant de on ne sait quel bar, ou de
on ne sait de chez quelle amante, se font littéralement agresser par
nos protecteurs animaliers. On ne risque donc pas de nous voler nos chaussures
en dehors de nos sacs de couchages !
Bref on a pas dormi, pris de fous rires en voyant ces batailles
de chiens et ces agressions de noctambules. Mais il est déjà 3heures
et demie. Il est temps de partir chercher le sentier. On se prépare,
et passe devant le militaire. Il s'est endormi sur son arme. On hésite
à le réveiller pour se venger doucement mais on ne le fait pas
et
s'il avait la gâchette facile ?
Aller on y va. En pleine nuit et toujours accompagnés de
nos potes canins, nous éclairons régulièrement le sentier
pour voir un peu plus dans cette nuit noire. On passe comme prévu un
terrain de camping et là on est perdus. Un tente est illuminée,
on va voir
oui, on est sur le bon chemin, nous certifie un guide péruvien
qui vient de se réveiller.
Ca fait 20 minutes que l'on marche et on commence à se réchauffer.
Après une petite pause pour ranger un pull, on repart. Mais Manu n'a
pas suivi. Alors on discute un peu avec Auray. Manu met 10 minutes à
ranger son sac. Bon on attend. Alors après il recherche s'il a fait tomber
quelque chose par terre, et ça dure
4 minutes plus tard il cherche
encore. " Manu t'as perdu quelque chose ? " " Non, non. Mais
je vérifie
".
Auray et moi sommes pétés de rire. Il faut dire que
notre pote est méticuleux
très méticuleux
Nos chiens trouvent une copine et nous voilà avec 4 bestioles en chemin.
Nous grimpons et c'est de plus en plus difficile de s'y retrouver. Régulièrement,
on tente une piste éclairés de nos 2 lampes de poche pour trois.
Nos chiens sont tout fous et foutent leurs pattes dans les jambes.
Plusieurs
fois, on entend l'un d'entre nous râler car il a failli se caser la pipe
(une bien jolie expression) en se prenant les pieds dans un chien. Auray dont
les piles de la lampe de poche sont mortes, se casse la figure n'ayant pas vu
un trou dans le bitume d'une route croisée. Manu s'en veut de ne pas
l'avoir éclairé. Bon mais il y a pas de mal.
Nouvelle pose et Manu nous sort son T-shirt de clubber péruvien : L'Inca
Cola, la boisson officielle des soirées des pays incas. Lui, il l'a choisi
jaune
On n'a pour le moment rencontré personne. En général
les touristes montent en bus à partir de 6 heures du matin. Mais nous
savons que dès 5 :30, il est possible de rentrer sur le site. Nous sommes
juste dans les temps, mais déjà nous entendons un bus monter et
nous dépasser. Vite, il faut accélérer la montée
!!!
Arrivés en haut, nous voyons une quinzaine de personnes. Nous allons
discuter avec elles. Dingue, que des français ! " vous êtes
arrivés en bus ? " " Non, on est montés hier soir vers
23 :00 à pied et on a dormi là par terre, devant l'entrée
". De toute façon, c'est souvent en dehors des chemins battus que
l'on rencontre des français
on l'a souvent vérifié.
Le bus était en fait rempli du personnel de surveillance du site qui
se met en place dès l'ouverture.
3 des chiens choisissent une autre route pour passer l'entrée
ils
ont l'air de connaître. Mais le 4ème (et c'est pas la chienne,
qui a déjà un amant et 2 prétendants) se fait refouler
l'entrée. Il a essayé de passer avec nous mais, il y a pas moyen.
Le pauvre chien nous supplie du regard
" Il est à vous le
chien ? parce que c'est interdit " " euh, bah non, on connaît
pas ! " On est vraiment pas sympa
Nous
rentrons donc et partons tout de suite vers le lieu à l'ouest où
on a une meilleure vue du site. Nous sommes donc 17 en tout et dans 4 heures
nous serons de milliers. Du haut de notre mirador, nous observons le Machu Picchu,
sans un seul touriste en son antre. Il fait noir mais petit à petit,
la luminosité nous permet d'apercevoir la grandeur du site. Des nuages
encore sombres voilent et dévoilent cette énorme cité chargée
d'histoire.
D'ailleurs, vous voulez un rappel, c'est ça, hein ? C'est en 1911 que
Bingham, un archéologue des USA, découvrit par hasard ce lieu
recherché depuis des siècles par des spécialistes. Sur
les plateaux du Michu Picchu, un couple d'Indiens cultivaient les terres, n'ayant
pas pris conscience de l'importance du site. Et oui, ces découvertes
incroyables arrivaient encore le siècle précédent
Pour le reste, on va être moins prolixe que la plupart des livres à
grandes ventes ou que ces personnes qui vous guident dans les ruines pour plusieurs
dizaines de dollars. Qu'est ce que le Machu Picchu ? On en sait rien ! Une forteresse
pour prévenir de l'Invasion amazonienne, une capitale religieuse, un
lieu de culte au soleil, la dernière capitale inca, le refuge des vierges
du soleil ?
Tout
ce qu'on sait, c'est que le dernier roi Inca, Capac, s'y serait réfugié
lors de l'invasion espagnole. Les espagnols ne l'ont jamais trouvé et
pour cause. Le site est en haut d'une montagne, découpée de telle
manière qu'il est invisible de la vallée. Les Incas n'auraient
pas été créateur de ce site, mais l'auraient conquis à
des communautés indigènes au XIème siècle avant
de l'abandonner au XVème. Mais comme les Incas ne savaient pas écrire,
il est très dur de savoir ce qu'ils y faisaient. Le site pouvait être
habité par 1200 personnes, certainement des responsables administratifs
et religieux bien sur.
Pendant
que les 3 chiens, morts de fatigue et par manque de sommeil comatent sur la
pelouse, dérangés régulièrement par des touristes
amis des bêtes, nous profitons de la magnifique vue qui s'offre à
nous et décidons de les semer en grimpant la montagne d'en face : le
Huayna Picchu (celui là on en parle moins dans les bouquins
).
Sur
la route on sympathise avec quelques lamas. Auray, ne reste pas trop près
les
lamas crachent quand on les embête !
La montée est assez facile (même s'il y a un accident mortel tous
les 3 ans) et en une vingtaine de minutes nous voilà de l'autre côté.
Le
temps n'est plus brumeux mais est devenu nuageux. Il faudra 2 bonnes heures
d'attente pour faire quelques photos où l'on voit quelque chose. En attendant
on papote avec des italiens, des espagnols, des allemands, etc.
Nous
repartons de l'autre côté immortaliser les derniers instants sur
ce majestueux Machu Picchu et nous voilà repartis, alors que la foule
arrive, pour la descente à pied mais gratuite (6 € pour 8 km, c'est
l'arnaque et 10 fois le prix normal dans le pays encore une fois). Re-descente,
re-Aguas Calientes, re-train, re- Ollantaytambo, re-bus, re-Cuzco.
Demain on repart pour le Lac Titicaca, le plus haut lac navigable
du monde.