Manu, notre ami, est venu nous rejoindre. Mais ses bagages n'ont
pas suivi. Nous voici bloqués dans cette capitale. Mieux vaut attendre
quelques jours, plutôt que se les faire envoyer à notre prochaine
destination : Cuzco.
Nous
en profitons pour visiter la ville. Grande capitale de plus de 6 millions d'habitants
mais dont la conurbation représente 12 millions de personnes, soit la
moitié de la population du pays, Lima ne bénéficie que
très rarement d'un climat ensoleillé. La ville est maussade et
baigne dans le brouillard et les nuages bas la majeure partie de l'année.
Une légende dit que lorsque Pizarro, accompagné d'une centaine
de conquistadores chercha un lieu pour la future capitale du nouveau vice-royaume,
il fut guidé par un Inca. Ce dernier décida de se venger en proposant
ce lieu au bord du Rimac, où il ne pleut jamais et ou ne fait presque
jamais très beau. En fait la ville vit sous une bruine extrêmement
fine qui provient de la mer et qui s'appelle la Garua.
Sur
la Plaza Mayor, nous découvrons quelques bâtiments coloniaux, vestiges
de la conquête espagnole. De nombreux cireurs de chaussures nous proposent
leurs services. J'en profite pour discuter avec l'un d'entre eux et le prendre
en photo. Il est tout fou en se voyant dans l'écran de mon appareil numérique.
Quelques femmes venant des campagnes péruviennes sont aussi sur cette
place, avec leurs colis sur le dos, enveloppé dans le tissus traditionnel
andin.
Peu de bâtiments coloniaux subsistent du Lima ancien (la
ville fut créée en 1535) dus aux nombreux tremblements de terre
qui ont commencés en 1746. La vie semble ainsi décousue architecturalement.
Mais une animation permanente donne une vraie vie à la ville. Dans tous
les sens, passants, voitures et bus se croisent, s'entremêlent et se démêlent.
Notre ami Manu comprend vite les règles de la circulation : " Qui
a la priorité à un croisement au Pérou ? " Réponse
: " Celui qui ne s'arrête pas
".
Quelques
mendiants sont dans le centre ville, mais les quartiers les plus pauvres se
trouvent en périphérie. Nous avons l'occasion de nous en rendre
compte en allant à plusieurs reprises à l'aéroport demander
à Iberia si le sac à dos de Manu est caché dans leur réserve.
La ville, comme New York, est très hétérogène. Tel
quartier est sûr, mais le quartier suivant est dangereux. Et même
au sein du même quartier, certaines rues sont sécurisées
et les suivantes dangereuses. Bien entendu la nuit, le phénomène
s'amplifie.
Nous partons déjeuner avec le directeur de l'ONG Plan International
pour organiser le reportage que nous allons préparer pour eux. Malheureusement,
il a des soucis familiaux et ne peut nous rejoindre. Son adjoint le remplace
et nous propose de se focaliser sur leurs actions dans la région de Cuzco.
Ca tombe bien, nous comptions bien y aller pour voir les ruines Incas du Machu
Picchu. Il nous demande aussi d'aller voir le responsable des programme de Lima.
Nous nous y rendons donc comme convenu, mais le responsable n'a
pas ses équipes disponibles. Nous aurons ainsi droit à une présentation
Power Point, sur son ordinateur
Cela fait 4 rendez-vous que nous avons
avec les responsables de l'ONG et nous n'avons toujours pas vu les actions sur
le terrain
cela nous manque et nous montre des façons de travailler
très différentes des petites structures. Mais nous verrons que
cette façon de travailler est très efficace aussi lorsque nous
visiterons les programmes proche de Cuzco.
Nous
proposons à mon ami de Madrid, Nicolas, rencontré par hasard au
Pérou, avec ses copines Marie-Camille et Aurélie et son cousin,
de se faire un petit restau et une petite sortie en commun, un soir. Nous trouvons
un restaurant pas cher et proche de notre hôtel. Parfait ! Ils ont sur
leur menu un plateau de calamars : cela nous rappellera les bons bars à
tapas de Madrid. Un homme anime au micro la petite salle avec des chansons locales.
L'ambiance monte vite ! Nos voisins sont intrigués par 6 blancs "
gringos " si animés. Chacun commence à discuter avec ses
voisins et voici que notre groupe s'ouvre.
Alors que Nico et son cousin discutent avec les jeunes serveuses de 16 ans (qui
en font bien plus), je trinque avec Auray et 3 hommes d'affaires en costumes
qui gentiment se mettent une mine. Régulièrement, l'homme au micro
crie un : " Viva los franceses ! " (Vive les français !).
Puis il nous propose de venir dire un petit mot. Sans trop réfléchir,
nous partons tous au micro et chantons une chanson française. La première
chanson qui nous vient est " Petit Papa Noël ". Oui, je sais
Alors que nous finissons nos calamars, un petit garçon nous
regarde de l'extérieur. Je sors avec le reste du plat, et lui demande
s'il a faim. Il m'explique qu'il n'a pas mangé de la journée.
Depuis que nous avions mangé devant un petit garçon au Laos et
que nous nous étions rendus compte à la fin du repas qu'il n'avait
pas mangé et qu'il avait récupéré jusqu'à
nos arêtes de poisson, nous faisons beaucoup plus attention.
Un des hommes d'affaires, le plus éméché,
nous propose de poursuivre la soirée ailleurs. Mais une des serveuses
de 16 ans nous met en garde : " ne partez pas avec lui, il est dangereux
". Nous lui demandons des explications. Elle nous dit avoir lu dans le
journal qu'il avait emmené des blancs avec lui et qu'il les avait tué
pour mieux les dépouiller
hem, hem
on suivra donc ses conseils
Nous voilà embarqués dans une autre soirée.
Les filles sont rentrées et nous partons dans une salle danser avec des
péruviens. Un homme insiste pour que je danse avec sa femme. Elle a 30
ans de moins que lui
la soirée finit à pas d'heure.
Le lendemain, nous flânons dans les rues de la ville. En
repassant devant le bar de la veille, on entend un homme au micro crier : "
Viva los franceses " !!!
Toujours pas de nouvelles des affaires de Manu. Nous décidons enfin de
partir pour Cuzco, sans aucunes de ses affaires et bien sûr sans le saucisson
et le camembert
bouh
.
22 heures de trajet nous attendent. Le trajet effraye un peu Manu, pas habitué
à voyager en bus. Nous nous retrouvons à l'arrière et ça
secoue beaucoup. Pour tout arranger nous nous retrouvons derrière une
famille qui n'a pas du se laver depuis un mois (en un an de voyage, on n'avait
jamais senti cela) et devant les toilettes.
Heureusement
la route est impeccable sur les ¾ du trajet. Manu qui travaille dans
le secteur automobile en est épaté. Nous traversons la cordillère
des Andes, avec des passages à plus de 4000 mètres. Le matin nous
nous réveillons alors que nous traversons une région désertique
et sous la rosée glacée. Le décor est lunaire et totalement
hallucinant. Comme nous le pouvons, nous prenons des photos du bus.
Sur la route nous découvrons des troupeaux de lamas, de
vigognes (de la même famille). Il y aurait aussi des lapins à longues
queue, des viscachas, mais nous n'en voyons pas
On en découvrira
plus tard en Bolivie.
Attention, Cuzco, nous voici !