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Lima, et en route pour Cuzco
8 au 10 août 2002
 

Manu, notre ami, est venu nous rejoindre. Mais ses bagages n'ont pas suivi. Nous voici bloqués dans cette capitale. Mieux vaut attendre quelques jours, plutôt que se les faire envoyer à notre prochaine destination : Cuzco.

Nous en profitons pour visiter la ville. Grande capitale de plus de 6 millions d'habitants mais dont la conurbation représente 12 millions de personnes, soit la moitié de la population du pays, Lima ne bénéficie que très rarement d'un climat ensoleillé. La ville est maussade et baigne dans le brouillard et les nuages bas la majeure partie de l'année. Une légende dit que lorsque Pizarro, accompagné d'une centaine de conquistadores chercha un lieu pour la future capitale du nouveau vice-royaume, il fut guidé par un Inca. Ce dernier décida de se venger en proposant ce lieu au bord du Rimac, où il ne pleut jamais et ou ne fait presque jamais très beau. En fait la ville vit sous une bruine extrêmement fine qui provient de la mer et qui s'appelle la Garua.

Sur la Plaza Mayor, nous découvrons quelques bâtiments coloniaux, vestiges de la conquête espagnole. De nombreux cireurs de chaussures nous proposent leurs services. J'en profite pour discuter avec l'un d'entre eux et le prendre en photo. Il est tout fou en se voyant dans l'écran de mon appareil numérique. Quelques femmes venant des campagnes péruviennes sont aussi sur cette place, avec leurs colis sur le dos, enveloppé dans le tissus traditionnel andin.

Peu de bâtiments coloniaux subsistent du Lima ancien (la ville fut créée en 1535) dus aux nombreux tremblements de terre qui ont commencés en 1746. La vie semble ainsi décousue architecturalement. Mais une animation permanente donne une vraie vie à la ville. Dans tous les sens, passants, voitures et bus se croisent, s'entremêlent et se démêlent. Notre ami Manu comprend vite les règles de la circulation : " Qui a la priorité à un croisement au Pérou ? " Réponse : " Celui qui ne s'arrête pas… ".

Quelques mendiants sont dans le centre ville, mais les quartiers les plus pauvres se trouvent en périphérie. Nous avons l'occasion de nous en rendre compte en allant à plusieurs reprises à l'aéroport demander à Iberia si le sac à dos de Manu est caché dans leur réserve.
La ville, comme New York, est très hétérogène. Tel quartier est sûr, mais le quartier suivant est dangereux. Et même au sein du même quartier, certaines rues sont sécurisées et les suivantes dangereuses. Bien entendu la nuit, le phénomène s'amplifie.

Nous partons déjeuner avec le directeur de l'ONG Plan International pour organiser le reportage que nous allons préparer pour eux. Malheureusement, il a des soucis familiaux et ne peut nous rejoindre. Son adjoint le remplace et nous propose de se focaliser sur leurs actions dans la région de Cuzco. Ca tombe bien, nous comptions bien y aller pour voir les ruines Incas du Machu Picchu. Il nous demande aussi d'aller voir le responsable des programme de Lima.

Nous nous y rendons donc comme convenu, mais le responsable n'a pas ses équipes disponibles. Nous aurons ainsi droit à une présentation Power Point, sur son ordinateur…Cela fait 4 rendez-vous que nous avons avec les responsables de l'ONG et nous n'avons toujours pas vu les actions sur le terrain…cela nous manque et nous montre des façons de travailler très différentes des petites structures. Mais nous verrons que cette façon de travailler est très efficace aussi lorsque nous visiterons les programmes proche de Cuzco.

Nous proposons à mon ami de Madrid, Nicolas, rencontré par hasard au Pérou, avec ses copines Marie-Camille et Aurélie et son cousin, de se faire un petit restau et une petite sortie en commun, un soir. Nous trouvons un restaurant pas cher et proche de notre hôtel. Parfait ! Ils ont sur leur menu un plateau de calamars : cela nous rappellera les bons bars à tapas de Madrid. Un homme anime au micro la petite salle avec des chansons locales. L'ambiance monte vite ! Nos voisins sont intrigués par 6 blancs " gringos " si animés. Chacun commence à discuter avec ses voisins et voici que notre groupe s'ouvre.
Alors que Nico et son cousin discutent avec les jeunes serveuses de 16 ans (qui en font bien plus), je trinque avec Auray et 3 hommes d'affaires en costumes qui gentiment se mettent une mine. Régulièrement, l'homme au micro crie un : " Viva los franceses ! " (Vive les français !).
Puis il nous propose de venir dire un petit mot. Sans trop réfléchir, nous partons tous au micro et chantons une chanson française. La première chanson qui nous vient est " Petit Papa Noël ". Oui, je sais…

Alors que nous finissons nos calamars, un petit garçon nous regarde de l'extérieur. Je sors avec le reste du plat, et lui demande s'il a faim. Il m'explique qu'il n'a pas mangé de la journée. Depuis que nous avions mangé devant un petit garçon au Laos et que nous nous étions rendus compte à la fin du repas qu'il n'avait pas mangé et qu'il avait récupéré jusqu'à nos arêtes de poisson, nous faisons beaucoup plus attention.

Un des hommes d'affaires, le plus éméché, nous propose de poursuivre la soirée ailleurs. Mais une des serveuses de 16 ans nous met en garde : " ne partez pas avec lui, il est dangereux ". Nous lui demandons des explications. Elle nous dit avoir lu dans le journal qu'il avait emmené des blancs avec lui et qu'il les avait tué pour mieux les dépouiller…hem, hem…on suivra donc ses conseils…

Nous voilà embarqués dans une autre soirée. Les filles sont rentrées et nous partons dans une salle danser avec des péruviens. Un homme insiste pour que je danse avec sa femme. Elle a 30 ans de moins que lui…la soirée finit à pas d'heure.

Le lendemain, nous flânons dans les rues de la ville. En repassant devant le bar de la veille, on entend un homme au micro crier : " Viva los franceses " !!!
Toujours pas de nouvelles des affaires de Manu. Nous décidons enfin de partir pour Cuzco, sans aucunes de ses affaires et bien sûr sans le saucisson et le camembert…bouh….
22 heures de trajet nous attendent. Le trajet effraye un peu Manu, pas habitué à voyager en bus. Nous nous retrouvons à l'arrière et ça secoue beaucoup. Pour tout arranger nous nous retrouvons derrière une famille qui n'a pas du se laver depuis un mois (en un an de voyage, on n'avait jamais senti cela) et devant les toilettes.
Heureusement la route est impeccable sur les ¾ du trajet. Manu qui travaille dans le secteur automobile en est épaté. Nous traversons la cordillère des Andes, avec des passages à plus de 4000 mètres. Le matin nous nous réveillons alors que nous traversons une région désertique et sous la rosée glacée. Le décor est lunaire et totalement hallucinant. Comme nous le pouvons, nous prenons des photos du bus.

Sur la route nous découvrons des troupeaux de lamas, de vigognes (de la même famille). Il y aurait aussi des lapins à longues queue, des viscachas, mais nous n'en voyons pas…On en découvrira plus tard en Bolivie.

Attention, Cuzco, nous voici !



 
 
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