Il
est 1h00. Nous sommes arrivés à Cuenca. Nous allons faire l'impasse
sur cette belle ville malheureusement pour cause de temps et profiter plutôt
de Trujillo, au Pérou, réputée pour sa cité de sable,
Chan Chan. Le bus pour Huaquillas à la frontière part à
5 heures du matin. Pour économiser une nuit d'hôtel, nous préférons
attendre au terminal de bus. Heureusement pour passer le temps, il y a une télévision.
Soudain, un rassemblement a lieu juste en face de nous. Un homme est allongé
sur le sol, complètement ensanglanté. Des policiers, des infirmiers
ainsi que des badauds sont agglutinés autour de la victime. Elle semble
encore en vie mais dans un triste état. A part cela, pas grand chose
à dire de la gare de bus, seulement qu'il fait froid et qu'il n'a pas
moyen de dormir.
Enfin 5 heures, nous partons pour la frontière. 6 heures
de trajet nous attendent. Heureusement les routes sont en bon état. Nous
tentons de récupérer notre retard de sommeil mais ce n'est jamais
évident de dormir dans les bus. Juste 5 km avant la ville, nous passons
au ralenti devant le poste frontière. Heureusement qu'un gamin, qui est
monté dans le bus pour vendre des sucreries, nous avertit qu'il faut
s'arrêter là pour le contrôle de sortie. Le chauffeur a oublié
qu'on était là !!! Mais c'est la première fois qu'on voit
le poste de migration situé en amont de la dernière ville du pays.
Il est 11h00. Le passage se fait sans problème. Nous reprenons
le bus et 20 minutes plus tard nous voilà à Huaquillas. Nous marchons
une centaine de mètres, nous passons la frontière péruvienne
mais sans poste de migration !!! Nous sommes à Aguas Verdes, au Pérou
mais pas de policier pour nous contrôler. On nous avertit que le poste
se trouve à quelques kilomètres. Mais nous nous méfions
des estimations locales sur les distances. Ne voulant pas payer de taxi pour
nous mener au bureau de migration péruvien et sachant d'après
notre précieux guide que ce n'est pas très loin, nous décidons
d'y aller à pied. Au bout d'une bonne demi-heure de marche sous le soleil
de midi, chargés comme des lamas (ben comme on est presque au Pérou,
on adapte notre vocabulaire au pays d'accueil), on arrive enfin à la
frontière pour le contrôle d'usage.
Rien
de passionnant. On sort de là, on chope un collectivo pour un sol chacun
(2 francs, heu plutôt, environ 0,30 centimes d'Euro, on a du mal à
penser en Euro, vous nous excuserez) pour aller à la première
grande ville, Tumbes. Le véhicule fait comme à son habitude son
petit tour pour remplir son van déglingué. On s'aperçoit
que les Péruviens sont légèrement impatients. Au bout de
quelques minutes de rondes, ils lancent des " Vamos, vamos " ("
on y va, on y va "). Comme on vient juste d'arriver, on ne va pas s'y mettre
tout de suite. Mais au bout d'une petite demi-heure, JC pour rigoler lui aussi
balance un " vamos ". Finalement, nous partons pour la grande ville.
Nous sommes à Tumbes, ville calme mais sous ses faux airs,
elle est connue pour être une plaque tournante de la drogue et de bien
d'autres contrebandes. Le chauffeur du collectivo, sachant où nous voulons
nous rendre, nous arrête devant une agence de bus qui va à Trujillo.
Nous faisons quelques agences à côté pour comparer les prix
comme à notre habitude mais finalement nous optons pour la première.
En attendant le départ prévu à 14 heures, nous partons
changer des dollars en soles et prendre un déjeuner après une
longue route qui nous a fait partir de Banos en Equateur jusqu'à la frontière.
Prendre une douche et dormir dans un bon lit, ce n'est pas encore pour aujourd'hui
mais la journée de demain, on va l'apprécier à sa juste
valeur, on vous le promet !!!
Dans le bus, nous essayons de faire passer le temps. Les paysages
sont agréables mais pas transcendants. Des zones désertiques se
succèdent jusqu'à ce que nous arrivions sur la route longeant
la mer. Des vues splendides mélangeant la couleur ocre des canyons avec
le bleu lointain de la mer. Le trajet aurait pu être tranquille sans ces
contrebandières de couvertures en provenance d'Equateur. Par trois fois,
le bus se fait contrôler par les douaniers. Pour revendre leurs marchandises,
des locales passent par les compagnies de bus, en collaboration souvent étroite
avec les chauffeurs. Elles cachent les produits de contrebande dans les soutes
et sous les sièges. Mais les douaniers ferment fréquemment les
yeux sur ce genre de trafic. Ce sont les passeurs de drogue qui les intéressent
le plus. Tout ce foin pour vous dire que nous avons perdu 3 heures et que nous
sommes arrivés finalement à Trujillo à 3 heures du matin
après 13 heures de bus. Bienvenus au Pérou !!! Nous trouvons rapidement
un hôtel pour enfin dormir dans un lit. Quel bonheur !!! La douche attendra
demain.
Après une bonne douche froide (nous l'avons tout de même
appréciée), nous partons dans une agence de bus pour réserver
notre billet pour Lima. Nous y apercevons 3 françaises reconnaissables
à leur sac de marque d'un grand distributeur français d'articles
de sport mais aussi à leur guide en français. Vous comprendrez
plus loin pourquoi je vous parle d'elles. Nous achetons des billets pour un
départ à 22 heures et arrivée prévue 6 heures du
matin.
Nos
bagages laissés à la consigne de l'agence, nous partons légers
à la découverte des ruines de Chan Chan, situées à
4 km de Trujillo. Sur la route, on découvre une côte totalement
désertique. On arrive enfin sur le site de cette gigantesque cité,
l'ancien centre de l'Empire chimu. Cette civilisation connut son apogée
entre le XIIème et le XVème siècles, avant qu'elle ne disparaisse
avec l'arrivée des Incas. Cette cité s'étendant sur 14
km, construite de sable, constituée de 9 forteresses est vraiment saisissante.
Nous sommes dans la plus imposante, la citadelle Tshudi. Les bâtiments
sont édifiés avec de l'adobe, de l'argile mélangé
à la paille, matière pas très résistante. Il paraît
que les Chimus utilisaient cette matière du fait de la rareté
des pluies.
En déambulant dans les allées de cette ancienne cité,
on peut apercevoir sur certains murs des inscriptions gravées sur l'adobe.
Des reliefs constituant des cercles concentriques ou des alvéoles sont
censés représenter des filets de pêche. Des formes d'oiseaux
de mer et des poissons ornent le bas de ces murs. Sur d'autres des dessins ressemblant
à des vagues accentuent le fait que cette civilisation chimu vouait un
culte à la Mer. En montant sur un mirador, nous pouvons apercevoir à
un kilomètre à peine l'élément de leur dévotion.
Nous ressortons de cette visite fascinés par tant de richesses. Nous
poursuivons par le musée pour mieux comprendre cette civilisation mais
aussi les suivantes : les Mochicas, les Tiahuanaco-Huaris et les Incas bien
sûr.
Nous
avons encore le temps de visiter le centre de Trujillo. Nous sommes étonnés
de voir une ville si agréable dans un coin si désert. La Plaza
de Armas présente de beaux bâtiments coloniaux aux couleurs bien
chatoyantes et une cathédrale assez imposante. Autant la ville est charmante
et animée dans la journée, autant la nuit tombée, elle
ne présente plus beaucoup de choses à faire. Nous prenons un verre
en terrasse malgré le léger vent frisquet en attendant notre bus.
Nous arrivons à l'agence de bus. Nous sommes encore un peu
à l'avance. Nous décidons de reprendre un verre. Nous nous installons
au bar. Derrière nous, ça parle français. Ce sont 2 des
3 françaises vues ce matin. Aurélie et Marie-Camille ont pris
3 mois de vacances après leur dernière année d'école
de commerce à Nantes. Nous engageons la conversation et de fil en aiguille,
nous nous rendons compte que nous avons une connaissance en commun, un copain
de JC rencontré à Madrid. Et par le plus grand des hasards, il
arrive demain soir à Lima avec son cousin pour passer quelques jours
avec elles !!! Le monde est vraiment petit.
Nous continuons cette discussion dans le bus. Nous avons le temps
avec les 8 heures de transport qui nous attendent. Vers l'aube, je suis réveillé
en sursaut à cause de la route devenant tortueuse. Heureusement car sans
ça, je n'aurais pu assister au spectacle magnifique des vagues de l'océan
pacifique léchant les côtes péruviennes sèches, dures,
lunaires.. Et cette brume matinale donne à cette vision une touche irréelle,
complètement fantastique.
Nous
arrivons à destination pour une fois à l'heure. Les filles nous
laissent l'adresse de leur hôtel pour que nous puissions fêter nos
retrouvailles avec notre pote Nico demain soir. Nous avons ce matin une visite
à faire. Nous partons voir notre partenaire associatif du mois, le Plan
International. C'est la plus grosse ONG avec qui nous avons le plaisir de travailler.
A travers leurs actions, nous voulons découvrir une nouvelle facette
du travail des ONG : une structure internationale. Le Plan International possède
des bureaux dans plus de 44 pays. C'est énoooooorme !
Malheureusement l'adresse qu'on nous avait communiquée n'est
pas celle du siège péruvien de l'association. On nous redirige
vers une autre adresse qui est à l'autre bout de la ville, dans le quartier
résidentiel de Lima, Miraflores. Nous sommes accueillis par le directeur.
Très cordial, il nous explique le fonctionnement de son organisme et
nous présente les trois différents programmes en cours au Pérou
: le premier au nord à Piura, un deuxième à Lima et le
troisième à Cuzco. Ce dernier nous intéresse beaucoup pour
plusieurs raisons : programme très intéressant d'irrigation d'eau
dans des villages reculés et proximité des sites archéologiques
incas. Nous optons rapidement pour celui-là. Nous prenons congé
de notre hôte que nous retrouverons sûrement jeudi pour le déjeuner
auquel il nous a cordialement invité.
| Nous partons enfin après cette longue matinée
chercher un hôtel afin de nous poser un peu. A la guesthouse, Espana,
nous trouvons les prix un peu élevés. Aussi nous visitons
d'autres hôtels pour trouver moins cher. Mais nous optons finalement
pour l'Espana. Et pour cause : un ami, Manu, arrive de France pour passer
ses vacances avec nous et voir un programme d'ONG. Aussi nous nous sommes
dit que pour la première nuit de notre pote Manu, qui est d'habitude
très à cheval sur la propreté, il vaut mieux une chambre
honorable
. |

Tintin serait content des
Nomades.
On a retrouvé l'oreille cassée !
|
Il est 18H00. Nous avons un peu de retard. Pour faire des économies,
nous prenons le bus mais mal nous en a pris car pour faire à peine 4
kilomètres, il a mis une heure et demie. Vu que l'avion de Manu devait
arriver à 17h30, nous chopons un taxi et nous voilà. Malheureusement
personne en vue. L'attente se faisant de plus en plus longue, nous décidons
de l'attendre au bar, avec vue sur les arrivées. Nous commençons
à nous poser des questions : a-t-il pris ce vol ? C'est bien aujourd'hui
qu'il arrive ?
| Mais il a bien pris cet avion. Nous le voyons
arriver. Je le reconnais à peine. Dans nos mails, il m'avait prévenu
qu'il avait changé. Ça c'est sûr il a changé.
Avec 30 kilos en moins, c'est un autre homme. Physiquement parlant, bien
sûr. Grosses retrouvailles d'un pote de Lille, enfin au bout d'un
an !!! Il nous explique la raison de son retard. La compagnie Iberia a paumé
son gros sac à dos. Avec le camembert et le sauciflare ! C'est pas
de bol
. Devant nos mines déconfites, il nous annonce qu'il
a tout de même réussi à sauver la bouteille de Ricard
et de Picon Bière (Manu est, entre autres, le président fondateur
de la FFPB, la Fédération Française de Picon Bière,
attention !). Ouf, l'honneur est sauf mais c'est vraiment dommage pour le
saucisson et le fromage. La dernière fois que nous avons mangé
ces denrées rares, c'était en Thaïlande en mai dernier,
il y a trois mois, une éternité. Il ne semble pas stressé
par la perte de ses bagages. |

Cherchez l'erreur !
|
Mais nous sommes heureux de nous retrouver. Et pour fêter
ça, nous allons faire la fête aux 2 bouteilles, symboles de la
culture française !!!